20/02/2026 - Sambor, pagode des cent colonnes et dauphins de Kampi

Une journée entre sérénité et impressions mitigées

Ce 20 février 2026, nous quittons Kratie en scooter pour remonter largement vers le nord, en direction de Sambor.

Au programme : la pagode des cent colonnes, connue localement sous le nom de Wat Sorsor Mouy Roy, puis les rapides de Kampi et l’observation des dauphins de l’Irrawaddy sur le Mékong.

Sur le papier, la journée promet un beau mélange : route le long du fleuve, pagode paisible, pause locale au bord de l’eau et rencontre avec l’un des animaux emblématiques de la région. Dans les faits, elle sera plus contrastée.

En scooter vers Sambor

La route entre Kratie et Sambor prend environ 45 minutes à une heure en scooter.

C’est long, mais agréable. Nous longeons largement le Mékong, traversons la campagne, observons les villages, les maisons, les scènes de vie au bord de la route. Depuis notre arrivée à Kratie, nous retrouvons ce que nous étions venus chercher ici : un rythme plus lent, plus rural, plus proche du fleuve.

La route fait partie de la visite. On sent aussi que l’on s’éloigne de plus en plus des zones les plus fréquentées. Le Cambodge que nous traversons ce matin-là semble plus pauvre, plus simple, plus brut.

Des enfants devant la pagode

En garant notre scooter en face de la pagode, des enfants nous abordent immédiatement.

Ici, pas de “hello” souriant ou de curiosité amusée. L’un d’eux me demande simplement : “Money ?”

Je lui fais signe que non. Il insiste un instant du regard, puis cela s’arrête là. La scène est difficile. Refuser quelque chose à un enfant n’est jamais agréable. Pourtant, une fois encore, il faut se faire violence et ne rien donner. De nombreuses associations rappellent que donner de l’argent directement aux enfants encourage la mendicité et peut contribuer à les maintenir hors de l’école.

Cela ne veut pas dire que l’enfant est responsable de la situation. Cela ne veut pas dire non plus que les familles doivent être jugées trop vite. Dans une région où la pauvreté est visible, les choix du quotidien peuvent être beaucoup plus complexes qu’ils ne le semblent pour des voyageurs de passage.

Cela reste dur. Très dur, même.

Le Mékong et la passerelle de bambou

Avant d’entrer dans la pagode, nous prenons un moment pour observer le Mékong.

En contrebas, une longue passerelle en bambou a été construite pour rejoindre des îlots au milieu du fleuve. La structure est simple, presque fragile en apparence, mais elle s’intègre parfaitement au paysage.

Le fleuve est large, calme, puissant. Depuis Kratie, le Mékong n’est plus seulement un décor. Il devient le fil conducteur de nos journées.

Wat Sorsor Mouy Roy, la pagode des cent colonnes

Nous traversons ensuite vers la pagode des cent colonnes, ou Wat Sorsor Mouy Roy.

Le lieu est magnifique. La pagode est vaste, lumineuse, très élégante. Son nom vient de ses nombreuses colonnes, qui donnent à l’intérieur une impression d’ampleur et de rythme. L’endroit est surtout empreint d’une grande sérénité.

Nous prenons le temps d’en faire le tour, d’observer les abords, les stupas, les détails, les couleurs, l’atmosphère générale.

Devant notre hésitation à entrer, deux fidèles présents dans le temple nous font signe d’approcher. Ils nous invitent à entrer pour observer les fresques qui ornent les murs et le plafond. Je les salue respectueusement pour les remercier.

Ce genre de geste compte beaucoup. Une simple invitation silencieuse, un signe de la main, un sourire, et l’on se sent autorisé à entrer dans un lieu sans avoir l’impression de déranger.

Fresques, calme et vaches dans l’enceinte

À l’intérieur, les fresques sont superbes.

Les murs et le plafond racontent un univers religieux coloré, foisonnant, minutieux. Nous prenons le temps d’observer, sans trop parler, portés par le calme du lieu.

Nous ressortons ensuite par l’arrière de l’enceinte. À ce moment-là, un troupeau de vaches entre dans le temple.

La scène est assez cocasse. Deux minutes plus tard à peine, nous les voyons repasser en sens inverse, chassées par un moine. Au Cambodge, même dans les lieux les plus paisibles, il y a toujours une petite scène inattendue pour ramener le sacré à hauteur de vie quotidienne.

Une histoire de lunettes de lecture

Nous faisons encore un petit tour dans les ruelles autour de la pagode. Ici encore, toutes les personnes que nous croisons nous disent bonjour. L’ambiance est simple, locale, sans mise en scène.

Nous trouvons une petite boutique qui vend des lunettes de lecture. Cela tombe bien : j’ai cassé les miennes quelques jours plus tôt. La suite est plus compliquée.

J’essaie de me faire comprendre par gestes, puis avec Google Translate, sans grand succès. Je cherche simplement à connaître le prix, mais je crois comprendre que la jeune fille veut savoir combien de paires je souhaite acheter. Je lui montre “un” avec les doigts. Elle semble toujours dans l’incompréhension la plus totale.

Elle finit par appeler un ami qui parle anglais. Je lui explique la situation. Il me confirme qu’elle veut savoir combien de paires je veux acheter, puis reprend la jeune fille en ligne pour lui expliquer en khmer. Tous les deux éclatent de rire.

Je ne saurai jamais exactement pourquoi. Le principal, c’est que je repars enfin avec les lunettes tant convoitées.

Rien n’a disparu

De retour au scooter, nous constatons une fois de plus que toutes nos affaires sont encore là.

Les enfants étaient présents à notre arrivée. La pauvreté est visible. Le scooter était garé dehors. Pourtant, rien n’a disparu.

Cela confirme encore notre impression depuis le début du voyage : au Cambodge, comme en Thaïlande, nous n’avons presque jamais ressenti cette nécessité permanente de nous méfier. 

La prudence reste nécessaire, bien sûr. La méfiance systématique, en revanche, ne correspond pas à ce que nous avons vécu.

Direction les rapides de Kampi

Pour la suite de la journée, j’avais prévu de redescendre vers les rapides de Kampi.

L’idée était simple : y déjeuner, profiter d’un après-midi tranquille sur les hamacs, puis attendre la fin de journée pour aller observer les dauphins, eux aussi dans le secteur de Kampi.

Le programme avait tout pour nous plaire. Les rapides sont surtout fréquentés par des locaux. On y croise quelques touristes, mais peu. Plusieurs témoignages décrivent l’endroit comme une halte agréable, locale et détendue.

Notre expérience sera malheureusement différente.

Kampi Rapids, rendez-vous manqué

À notre arrivée, des rabatteurs incitent les voitures et les scooters à s’arrêter pour déjeuner. Nous nous arrêtons, et un homme nous fait signe de stationner le scooter dans une zone de parking couvert. Le parking est payant immédiatement. 

Nous aurions probablement pu nous garer ailleurs gratuitement, mais tant pis. 

Les cabanes au-dessus des rapides vues depuis la route

À peine descendus du scooter, un autre homme nous tombe littéralement dessus, carte de restauration à la main, pour nous demander si nous allons déjeuner. Je lui réponds que cela fait partie de nos intentions, mais que nous allons d’abord entrer, nous installer tranquillement, et commander plus tard.

Cela ne l’arrête pas. Il continue à nous expliquer ce qu’il propose à manger, nous accompagne jusqu’à l’entrée puis au-delà du guichet, où nous nous acquittons des 2.000 riels réclamés. Il faudra finalement que John se montre un peu plus sec pour qu’il se décide à nous laisser tranquilles.

Autant dire que pour le déjeuner, cela nous coupe un peu l’appétit.

Une halte qui ne prend pas vraiment

Nous prenons seulement deux boissons fraîches, pour un total de 1 USD.

Nous nous promenons un peu sur les constructions installées au-dessus de l’eau, prenons quelques photos, observons les lieux.

Le cadre pourrait être agréable. On devine le potentiel : les rapides, les plateformes, les familles venues se poser, les hamacs, les nattes, les petites échoppes, les boutiques de souvenirs.

Sur place, tout semble se payer au fur et à mesure : parking, entrée, hamac, natte pour pique-niquer au sol, boissons, repas.  Ce n’est pas forcément un problème en soi. Finalement, on ne paye que pour ce que l'on utilise vraiment. 

Ce qui nous gêne davantage, c’est l’approche insistante dès notre arrivée. Elle casse l’envie de s’installer, de prendre le temps, de laisser venir les choses.

Très peu de monde est installé sous les baraquements pour déjeuner. L’ambiance ne prend pas vraiment. Après environ une demi-heure, nous repartons.

C’est dommage. Vraiment. Nous avons peut-être joué de malchance. Si nous repassons un jour dans la région, nous retenterons assurément notre chance.

Retour à Kratie pour déjeuner

Nous rentrons finalement à Kratie.

Plutôt que de déjeuner à Kampi, nous retournons au Sorya Guesthouse. Le choix est vite fait : nous savons que nous y serons bien, que la cuisine est bonne, et que l’accueil sera agréable.

J'opte pour un potage tom yum. Pour John, je ne me souviens plus exactement. Cette pause à l’hôtel nous permet aussi de souffler avant de repartir vers Kampi, cette fois pour les dauphins.

Les dauphins de l’Irrawaddy à Kampi

En fin de journée, nous retournons donc vers le site officiel d’observation des dauphins à Kampi.

Le tarif est de 20 USD par bateau, et non par personne. Les embarcations sont privatisées : nous disposons donc de notre propre bateau, avec un capitaine, sans devoir partager la sortie avec d'autres visiteurs. C'est un avantage appréciable pour profiter de l'observation des dauphins à notre rythme.

Le début de la balade est plutôt calme. Notre capitaine met le moteur lorsqu’il pense avoir repéré un meilleur poste d’observation, puis le coupe pour passer à la rame lorsqu’il estime que des dauphins se trouvent dans le secteur.

Nous finissons effectivement par voir apparaître, de manière très fugace, un nez, un dos, un mouvement à la surface de l’eau. C’est rapide. Très rapide. Il faut avoir l’œil vif. Mais quel privilège de pouvoir les observer ! 

Poser l’appareil et regarder

Très vite, je comprends qu’aucune vraie prise de vue ne sera possible.

Les dauphins apparaissent et disparaissent presque aussitôt. Le temps de cadrer, de déclencher, de vérifier, l’instant est déjà passé. Je finis donc par abandonner l’idée de photographier. Je préfère regarder.

Ce n’est pas toujours facile, en voyage, de renoncer à l’image. On a envie de ramener une preuve, un souvenir, une trace. Ce soir-là, il fallait accepter que le souvenir soit surtout dans l’œil et dans la mémoire. Voir un dauphin de l’Irrawaddy, même brièvement, reste un moment rare.

Une impression de chasse au dauphin

La fin de la balade nous laisse pourtant un sentiment plus tiède.

Plus le coucher du soleil approche, plus les bateaux deviennent nombreux. Tous semblent à l’affût, prêts à redémarrer dès qu’un mouvement est repéré. Progressivement, l’observation prend une tournure moins paisible. Nous avons presque l’impression d’assister à une sorte de chasse au dauphin.

Le mot est fort, mais c’est bien l’impression que nous ressentons sur le moment. Les bateaux suivent les apparitions, se repositionnent, se rapprochent, coupent les moteurs, repartent, attendent le prochain signe.

Rien ne nous permet de dire que les règles ne sont pas respectées. Nous ne sommes pas spécialistes. Ce que nous pouvons dire, en revanche, c’est que l’expérience ne nous a pas semblé aussi douce que nous l’aurions espéré.

Avec le recul, plutôt le kayak ?

À refaire, nous opterions peut-être pour une approche plus douce.

Le Sorya Guesthouse propose justement des excursions en kayak pour observer les dauphins. Avec le recul, cela nous aurait sans doute mieux convenu. Moins de bruit. Moins de moteur. Moins d’effet de poursuite.

Peut-être plus de chances de les voir, aussi. Et surtout une expérience plus alignée avec ce que nous recherchons. Cette sortie en bateau reste un joli moment, parce que nous avons vu les dauphins. Elle reste aussi une expérience mitigée, parce que la manière de les observer nous a mis mal à l’aise.

Les deux ressentis coexistent.

Retour au Sorya

Nous revenons ensuite à Kratie sous les lueurs du soleil couchant.

Comme la veille, nous terminons la journée au restaurant de notre hôtel, avec ses cocktails, sa cuisine maison et sa terrasse sur le Mékong. Après cette journée contrastée, le Sorya joue une fois encore son rôle de refuge. 

Sambor nous a offert une très belle parenthèse, entre pagode, sourires, fresques et scène improbable de vaches dans l’enceinte du temple. Kampi nous a davantage divisés : une halte décevante aux rapides, puis une sortie dauphins à la fois émouvante et inconfortable.

Cette journée ne sera donc pas la plus simple à résumer. Elle nous a plu. Elle nous a interrogés. Elle nous a aussi rappelé qu’un voyage n’est pas seulement une succession de coups de cœur. Certaines expériences restent belles et imparfaites à la fois.