
Phare Ponleu Selpak fait partie de ces lieux qui marquent durablement un voyage, non pas seulement pour ce que l’on y voit, mais pour ce que l’on y comprend. À Battambang, cette école d’arts et organisation à but non lucratif accompagne chaque année plus d’un millier d’élèves à travers des programmes d’arts du spectacle, d’arts visuels, d’arts appliqués, d’éducation et de soutien social.
Lors de notre passage, nous avons à la fois participé à la visite du campus et assisté au spectacle du soir.

Une école comme il en existe tant d’autres en apparence, mais dont la mission va bien au-delà de l’enseignement artistique.
Ce choix nous semble aujourd’hui être le meilleur possible. Le spectacle nous a beaucoup touchés, mais c’est la découverte du campus qui lui a donné toute sa profondeur. Nous n’étions pas seulement face à une activité touristique réussie, mais face à un projet humain, artistique et éducatif d’une grande cohérence. À nos yeux, c’est l’une des plus belles découvertes de Battambang.
Phare Ponleu Selpak signifie « La Lumière des Arts ». L’organisation est née à Battambang en 1994, fondée par neuf jeunes Cambodgiens et leur professeure d’art française, Véronique Decrop. À l’origine, il s’agissait d’une école de dessin, dans le prolongement du travail d’art-thérapie mené dans un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise après les ravages du régime khmer rouge.
L’organisation a ensuite élargi progressivement ses activités : la musique arrive dès 1996, avec l’ouverture de l’école de musique en 1997, puis le programme de cirque en 1998, les premiers spectacles en 1999, le théâtre en 2001, l'école primaire publique en 2003, puis le lycée public en 2007. Aujourd’hui, Phare ne forme donc pas seulement des artistes de cirque : le campus accueille aussi des programmes en musique, théâtre, danse, arts visuels, graphisme, illustration, animation et post-production audiovisuelle, en plus d’une véritable dimension éducative et sociale.

C’est précisément ce qui rend le lieu si intéressant à découvrir. On ne visite pas simplement un chapiteau ou une troupe. On entre dans un écosystème où l’art devient à la fois un moyen d’expression, de reconstruction, de formation et d’insertion.
La visite guidée du campus permet de comprendre ce qu’est réellement Phare. Sans elle, on peut assister à un très beau spectacle. Avec elle, on saisit beaucoup mieux la portée du projet.
Sur place, c’est exactement ce qui nous a touchés. La visite n’a rien d’une attraction figée. Elle permet de mettre des visages, des lieux et une logique sur ce que l’on découvrira ensuite sous le chapiteau. Notre guide, Vyro, a fait de son mieux pour s’exprimer en français, et l’échange avait quelque chose de simple, de vivant et de profondément humain. Nous avons vite compris qu’ici, il ne s’agit pas seulement de former des artistes, mais aussi d’ouvrir de vraies perspectives d’avenir à des jeunes qui n’y auraient pas toujours eu accès aussi facilement.

La zone du jardin d'enfant. Les photos ont été prises après la sortie des classes, car il n’est pas autorisé de photographier les enfants.
Pour un voyageur, cette visite a une vraie valeur. Elle évite de rester à la surface. Assister au spectacle est déjà une belle expérience. Comprendre ce qu’il représente change complètement le regard.
Phare ne repose pas sur une simple idée de “spectacle solidaire”. Ce serait trop réducteur. L’organisation défend une vision plus large : les arts comme outil de développement humain, de reconstruction et de changement social.

Ce qui frappe sur place, c’est que le cirque, pourtant très visible, n’écrase pas le reste. Le campus fait aussi une vraie place aux arts visuels, à la musique, au théâtre, à la danse, au graphisme, à l’illustration ou encore à l’animation. Cette diversité se ressent dans les bâtiments, dans les fresques, dans les ateliers et dans l’ambiance générale du lieu. Elle donne à Phare une épaisseur que l’on ne perçoit pas forcément si l’on pense seulement au spectacle.
C’est aussi ce qui rend la visite si forte : on sent qu’il ne s’agit pas d’un projet conçu pour séduire les touristes, mais d’une structure ancrée dans la vie locale, avec une vraie mission de fond.
Phare organise des spectacles de ses élèves sur le campus de Battambang, dans un cadre plus intime que celui de Siem Reap. Ces représentations ont lieu à 19 h plusieurs soirs par semaine. De novembre à février, elles sont proposées les lundis, mercredis, jeudis et samedis. De mars à octobre, elles ont lieu les lundis, jeudis et samedis.
Il faut aussi savoir que les spectacles tournent régulièrement au cours d’un même mois. Phare ne propose donc pas toujours la même création soir après soir. Plusieurs spectacles alternent selon les dates, ce qui permet de varier la programmation.

Le soir de notre visite, nous avons assisté à Rouge, un spectacle d’élèves en formation. Oui, il se ressent parfois comme un spectacle d’école au sens noble du terme : quelques petites imprécisions subsistent, mais le niveau est déjà très bon. Surtout, l’ensemble est touchant, engagé et sincère. C’est précisément ce qui fait sa force. On ne vient pas ici chercher un grand show parfaitement lissé, mais une représentation vivante, portée par de jeunes artistes en devenir et par un projet qui donne du sens à ce que l’on voit sur scène.

Pour nous, c’est donc une activité que nous recommandons très clairement à Battambang. Pas seulement parce que le spectacle est réussi, mais parce qu’il prend tout son sens quand on sait ce qu’il soutient.
Si vous hésitez entre Battambang et Siem Reap, il faut surtout comprendre que les deux expériences ne remplissent pas tout à fait le même rôle.
À Battambang, on découvre Phare sur son campus historique, au plus près de son ancrage éducatif, artistique et social. À Siem Reap, le cirque professionnel joue davantage le rôle de vitrine scénique et de débouché pour certains diplômés. Les deux se complètent donc très bien, mais Battambang permet de mieux comprendre le projet dans son ensemble.

C’est aussi ce qui fait la singularité de cette visite. Ici, on ne voit pas seulement le résultat final sur scène. On comprend ce qui le rend possible.
Phare Ponleu Selpak ne se résume pas à un beau projet local. L’organisation a aussi décroché une reconnaissance internationale dont elle est visiblement très fière.
En mars 2021, dans un contexte encore fragilisé par la pandémie, Phare a relevé un défi des plus spectaculaires : proposer un spectacle de cirque ininterrompu de 24 heures, 10 minutes et 30 secondes. Cette performance a ensuite été homologuée par le Guinness World Records comme le plus long spectacle de cirque au monde.

Au-delà du record lui-même, cet exploit raconte bien l’état d’esprit de Phare : de la créativité, de l’endurance, une forte cohésion interne et une vraie capacité à transformer une période difficile en élan collectif. Ce n’est pas un simple détail anecdotique. Cela dit quelque chose de l’énergie du lieu.
Il y a des lieux dont on ressort avec l’envie réelle de faire plus qu’acheter un billet. Phare en fait partie.

Si cette visite vous touche, vous pouvez aussi soutenir directement Phare Ponleu Selpak par un don via leur page officielle de dons. C’est une manière concrète d’aider leurs programmes artistiques, éducatifs et sociaux à Battambang. À nos yeux, c’est d’ailleurs l’un des rares endroits où cet appel au soutien a un vrai sens, parce que l’on comprend très bien, une fois sur place, ce que ce type d’aide peut permettre.
Localisation : Phare Ponleu Selpak se trouve à Battambang, dans le village d’Anh Chanh, commune d’Ochar, à l’ouest du centre-ville.
Cliquez sur la carte pour ouvrir l'itinéraire Google Maps :
Réservation : Les billets peuvent être achetés en ligne ou réservés directement auprès de Phare.
Données de contact :
Horaires :
Tarifs :
À prévoir : Mieux vaut arriver un peu en avance, surtout si vous combinez visite et spectacle. Sur place, il est possible de boire un verre, de manger léger et de passer par la boutique avant ou après la représentation.
Faire un don : Le plus simple reste de passer par la page officielle de dons de Phare Ponleu Selpak.
Phare Ponleu Selpak n’est pas seulement une bonne activité à Battambang. C’est, selon nous, l’un des lieux les plus importants à découvrir dans la ville si l’on veut comprendre qu’un voyage peut aussi passer par des rencontres, des initiatives locales fortes et des projets qui ont du sens.
Nous avons aimé la visite, le spectacle, l’accueil, la simplicité des échanges et la cohérence de l’ensemble. Tout n’y est pas “parfait” au sens d’un grand show touristique calibré, et c’est justement ce qui nous a touchés. Phare a quelque chose de plus vrai, de plus humain et de plus profond.
Pour nous, c’est une visite que l’on recommande très chaleureusement, et un lieu que l’on quitte avec une vraie envie de le soutenir.