Killing Fields de Choeung Ek : visiter un lieu de mémoire essentiel près de Phnom Penh

Les Killing Fields de Choeung Ek font partie des visites les plus fortes à faire depuis Phnom Penh. Situé à l’extérieur de la ville, ce lieu de mémoire est directement lié à Tuol Sleng, ou S21, l’ancien centre de détention et de torture des Khmers rouges.

À S21, l’horreur est encore visible dans les bâtiments, les cellules, les portraits et les archives. À Choeung Ek, l’expérience est différente. Le site ressemble aujourd’hui à un espace vert, calme, arboré, presque paisible au premier regard. Pourtant, c’est précisément ce contraste qui rend la visite si bouleversante.

Choeung Ek était l’un des lieux d’exécution liés au système S21. Des prisonniers y étaient amenés après les interrogatoires et les aveux forcés, puis exécutés et enterrés dans des fosses communes. Aujourd’hui, le site conserve des traces visibles, des zones de recueillement, une stupa commémorative et un parcours audio très fort.

Nous avons visité les Killing Fields juste après S21, dans la même journée. C’est une journée difficile, mais elle nous semble importante pour comprendre l’histoire récente du Cambodge. On ne ressort pas de Choeung Ek comme d’une visite classique. On en ressort plus silencieux, plus lourd, mais aussi plus conscient de ce que cette mémoire représente.

À retenir

Les Killing Fields de Choeung Ek sont l’ancien site d’exécution associé à S21, devenu aujourd’hui un lieu de mémoire.

La visite est moins visuelle que celle de Tuol Sleng, et elle demande beaucoup d’imagination. Les bâtiments ont disparu, le site est arboré, les fosses sont parfois discrètes, et l’audio-guide joue un rôle essentiel.

Nous recommandons très fortement de prendre l’audio-guide en français. C’est lui qui permet de comprendre le site, son organisation, les témoignages et la portée humaine de ce que l’on voit. Il est possible de visiter S21 et Choeung Ek le même jour, comme nous l’avons fait. C’est cohérent historiquement, mais très lourd émotionnellement.

Prévoyez au minimum 1h30 sur place, plutôt 2h si vous voulez avancer lentement, écouter les récits et prendre le temps de vous recueillir.

Mini-fiche pratique : les Killing Fields en un coup d’œil

Nom officiel
Choeung Ek Genocidal Center
Nom courant
Killing Fields de Choeung Ek
Où se trouve le site ?
À la périphérie sud de Phnom Penh, dans le district de Dangkao
Distance depuis le centre
Environ 15 à 17 km selon le point de départ
Lien avec S21
Ancien site d’exécution des prisonniers transférés depuis S21 et d’autres lieux
Temps de visite conseillé
1h30 à 2h
Audio-guide
Très recommandé, disponible en français lors de notre visite
Prix actuel affiché
3 USD l’entrée adulte internationale + 3 USD l’audio-guide, soit 6 USD avec audio-guide
Horaires actuels affichés
Tous les jours, 7h30-17h30
À combiner avec
S21 / Tuol Sleng, si vous vous sentez capables d’enchaîner les deux
Niveau émotionnel
Très fort, mais différent de S21

Qu’est-ce que Choeung Ek ?

Choeung Ek était, avant 1975, un verger et un cimetière chinois. Sous le régime khmer rouge, le site fut transformé en lieu d’exécution. Il était lié au centre S21, où les prisonniers étaient détenus, interrogés, torturés et forcés à produire des aveux avant d’être envoyés vers leur lieu de mort.

Sous une apparence paisible et arborée, les nombreux renfoncements visibles sur le sol de Choeung Ek témoigne encore des charniers mis au jour au moment des fouilles.

Choeung Ek constitue la seconde partie du système S21 : Tuol Sleng pour la détention, l’interrogatoire et la torture ; Choeung Ek pour l’exécution des prisonniers transportés depuis S21 et d’autres lieux du pays. Après la chute du régime khmer rouge en janvier 1979, des fosses communes furent découvertes à Choeung Ek. 129 fosses ont été retrouvées, dont 86 excavées, et 8 985 corps ont été exhumés. 

Une stupa commémorative a ensuite été construite en 1988 pour honorer les victimes. Elle est le point central du site, visible d'à peu près où que l'on se trouve. 

Aujourd’hui, Choeung Ek est un lieu de mémoire, de recueillement et de transmission. Il ne représente pas à lui seul tous les “killing fields” du Cambodge, car le pays comptait de nombreux sites d’exécution. Mais c’est l’un des plus connus, notamment en raison de son lien direct avec S21 et de sa proximité avec Phnom Penh.

Pourquoi visiter les Killing Fields après S21 ?

Visiter S21 et Choeung Ek dans la même journée permet de comprendre la chaîne complète du système : arrestation, détention, interrogatoire, aveux forcés, transfert, exécution.

À S21, l’horreur est contenue dans les murs. On voit les anciennes salles de classe, les cellules, les instruments, les portraits, les archives, les peintures de Vann Nath. Le lieu est fermé, dense, presque étouffant.

À Choeung Ek, c’est l’inverse. Le site est ouvert, vert, silencieux. On marche dehors, sous les arbres, entre les fosses, les panneaux, les zones de recueillement et les traces laissées par les visiteurs. On voit moins, mais on imagine davantage.

Des cellules de Tuol Sleng aux grands espaces ouverts de Choeung Ek, un contraste saisissant. 

C’est ce qui nous a frappés lors de notre visite. Après S21, nous pensions avoir déjà encaissé le plus dur de la journée. Pourtant, Choeung Ek agit autrement. La violence n’est pas enfermée dans des salles. Elle surgit dans le contraste entre la paix apparente du lieu et ce que l’audio-guide nous oblige à comprendre.

Pour un premier voyage au Cambodge, cette visite nous semble importante si l’on souhaite approcher l’histoire du pays avec respect. Elle ne se substitue pas à S21. Elle le complète.

Que voit-on pendant la visite de Choeung Ek ?

La visite de Choeung Ek se fait à pied, en suivant un parcours balisé dans un espace aujourd’hui calme, arboré, presque paisible au premier regard. C’est justement ce contraste qui rend le lieu si difficile à traverser : ce que l’on voit est parfois discret, mais ce que l’on comprend est immense.

Le parcours passe d’abord par les anciennes fosses communes. Certaines sont protégées par des barrières ou de simples abris, d’autres se devinent dans les reliefs du sol. À plusieurs endroits, des bracelets, rubans ou petits objets ont été déposés par les visiteurs. 

Ces gestes très simples apportent une présence humaine à un lieu où tant de personnes ont été privées de nom, de visage et de sépulture individuelle.

L’un des points les plus éprouvants du site est l’arbre contre lequel des bébés et de très jeunes enfants furent tués. Il est difficile d’écrire sur cet endroit sans tomber dans le choc facile, mais il faut le nommer, parce qu’il dit quelque chose d’essentiel de la logique khmère rouge. 

L’ennemi n’était pas seulement une personne à éliminer : sa famille, ses enfants, ses proches pouvaient eux aussi être considérés comme une menace. Un slogan du régime résumait cette idée glaçante : « Pour arracher les mauvaises herbes, il faut aussi arracher les racines. »

À Choeung Ek, cette phrase n’est plus une formule abstraite. Elle devient un lieu, un arbre, des offrandes, un silence.

Sur l’arbre, les nombreuses offrandes témoignent de l’horreur ressentie aujourd’hui encore devant l’atrocité des crimes commis.

La visite se termine autour de la stupa commémorative, construite en 1988 pour honorer les victimes exhumées des fosses communes. À l’intérieur, les crânes et ossements sont disposés sur 17 niveaux. Ce chiffre renvoie au 17 avril 1975, date de l’entrée des Khmers rouges dans Phnom Penh et du basculement du pays dans la terreur du Kampuchéa démocratique. Le détail était expliqué dans notre audio-guide, et il nous semble important : la stupa ne conserve pas seulement des restes humains, elle inscrit aussi dans son architecture la date qui a marqué le début de la chute de Phnom Penh.

Les premiers niveaux présentent les crânes, classés et étudiés par des experts médico-légaux. Les niveaux supérieurs conservent d’autres ossements plus grands. Cette présentation est difficile à regarder, mais elle participe à la fonction du lieu : préserver, documenter, transmettre, et empêcher l’effacement complet.

Lors de notre passage, nous n’avons pas pu entrer à l’intérieur de la stupa, mais nous avons pu apercevoir les rangées à travers les portes vitrées. Même depuis l’extérieur, la vision est saisissante. Elle transforme le chiffre en présence.

L’audio-guide : indispensable à Choeung Ek

À Choeung Ek, l’audio-guide est indispensable.

Le site lui-même est relativement silencieux. Beaucoup de bâtiments ont disparu. Les fosses ne parlent pas toutes d’elles-mêmes. Sans explications, on comprendrait le principe général du lieu, mais on passerait à côté de sa profondeur.

Lors de notre visite, l’audio-guide était disponible en français et inclus dans le tarif de 6 dollars que nous avons payé par personne. Le site officiel indique aujourd’hui un tarif de 3 dollars pour l’entrée adulte internationale et 3 dollars pour l’audio-guide, disponible dans de nombreuses langues, dont le français. L’audio-guide permet de reconstruire mentalement ce qui n’est plus visible : les arrivées depuis S21, l’organisation du site, les fosses, les méthodes d’exécution, les témoignages, les sons, les silences.

C’est précisément ce qui rend la visite si difficile. À S21, les murs imposent la réalité. À Choeung Ek, l’audio-guide oblige l’imagination à travailler. Et parfois, imaginer est encore plus violent que voir.

Nous vous conseillons donc de ne pas faire l’économie de l’audio-guide. Il donne du sens, du contexte et une dimension humaine à une visite qui pourrait sinon paraître trop abstraite.

Faut-il visiter S21 et les Killing Fields le même jour ?

Oui, c’est possible. C’est ce que nous avons fait, et l’enchaînement a du sens.

S21 permet de comprendre le centre de détention, d’interrogatoire et de torture. Choeung Ek permet de comprendre ce qui arrivait ensuite à la majorité des prisonniers. Les deux lieux sont donc intrinsèquement liés, ce que rappelle aussi le site officiel de Choeung Ek. Cela dit, il faut être conscient de la charge émotionnelle. Cette journée n’a rien d’une journée de visite classique à Phnom Penh. Elle serre la gorge, fatigue, remue, oblige à ralentir.

Si vous choisissez de faire les deux le même jour, nous vous conseillons de commencer par S21, puis de poursuivre vers Choeung Ek. C’est l’ordre que nous avons suivi, et il nous semble cohérent : on comprend d’abord le lieu de détention, puis le site d’exécution.

Après cela, ne prévoyez pas une activité trop légère ou trop intense. De notre côté, nous avons simplement eu besoin de rentrer à l’hôtel, de souffler, de nous poser au calme. C’était suffisant.

Si vous êtes très sensible ou si vous voyagez avec des adolescents, vous pouvez aussi séparer les deux visites sur deux demi-journées. L’impact restera fort, mais la journée sera moins écrasante.

Peut-on visiter les Killing Fields avec des enfants ou des adolescents ?

Le site officiel indique que les enfants peuvent visiter Choeung Ek, à condition d’être accompagnés et encadrés. Dans les faits, la question demande beaucoup de prudence.

Avec des adolescents, la visite peut avoir du sens si elle est préparée, expliquée et suivie d’un temps d’échange. Le site permet de comprendre l’histoire du Cambodge, mais aussi les mécanismes de déshumanisation, de violence de masse et de mémoire.

Avec de jeunes enfants, nous serions beaucoup plus réservés. Même si le site est en extérieur et moins visuellement brutal que S21 au premier regard, certains récits de l’audio-guide et certains lieux, notamment l’arbre des enfants, sont extrêmement difficiles.

Il ne s’agit pas d’interdire ou de juger. Chaque famille connaît sa sensibilité. Mais Choeung Ek n’est pas une visite familiale classique. C’est un lieu de mémoire lié à un génocide. Il faut l’aborder comme tel.

Comment visiter Choeung Ek avec respect ?

Choeung Ek est un lieu de mémoire, pas une attraction touristique ordinaire.

Il est demandé aux visiteurs de s’habiller et de se comporter respectueusement, de ne pas marcher sur les fosses communes, de garder le silence dans les zones sensibles, et de ne pas manger ni boire autour des fosses ou dans les espaces d’exposition. Les photos sont autorisées en extérieur, mais elles doivent rester discrètes et respectueuses. Ce n’est pas parce qu’une photo est techniquement possible qu’elle est toujours nécessaire. Il faut éviter de transformer les lieux les plus douloureux en simples images de voyage.

Le drone est interdit sur le site, d’après les consignes officielles. Prenez aussi le temps de faire des pauses. L’audio-guide peut être très lourd. Rien n’oblige à tout écouter d’un bloc. Avancer lentement, s’arrêter, respirer, ne pas photographier certains endroits : tout cela fait partie d’une visite juste.

Infos pratiques pour visiter les Killing Fields de Choeung Ek

Localisation : au sud de Phnom Penh, dans le district de Dangkao, à environ 15 à 17 km du centre selon votre point de départ.

Cliquez sur la carte pour ouvrir l'itinéraire Google Maps :

Accès : Le plus simple est de prendre un tuktuk, un Grab ou un chauffeur privé. Si vous combinez S21 et Choeung Ek le même jour, vous pouvez organiser le trajet en deux étapes : d’abord S21, puis Choeung Ek, puis retour à votre hôtel. C’est ce que nous avons fait.

Certains chauffeurs proposent aussi directement un circuit incluant les deux lieux. C’est pratique, mais veillez à garder assez de temps sur place. Ce ne sont pas des visites à expédier.

Depuis S21, notre trajet en tuktuk via Grab a duré environ vingt minutes dans une circulation assez fluide. Depuis le quartier du Palais Royal ou de Sisowath Quay, il faut généralement prévoir davantage selon la circulation.

Horaires : tous les jours, jours fériés compris, de 7h30 à 17h30. Ces informations peuvent évoluer. Vérifiez toujours les horaires officiels avant votre visite.

Prix 

  • entrée gratuite pour les visiteurs cambodgiens ;
  • 3 USD pour les adultes non cambodgiens ;
  • audio-guide : 3 USD pour les visiteurs non cambodgiens.

Cela revient donc à 6 USD par personne avec l’audio-guide, ce qui correspond aussi à ce que nous avons payé lors de notre visite. Le site officiel précise que le paiement se fait actuellement en liquide. Prévoyez donc des dollars ou des riels.

Durée de visite : Nous conseillons de prévoir 1h30 à 2h. Il est possible de faire plus court, mais ce serait dommage. L’audio-guide demande du temps, et certaines étapes méritent d’être abordées lentement. Ce n’est pas un lieu où l’on coche les points d’intérêt les uns après les autres.

Accessibilité : La majeure partie du Choeung Ek Genocidal Center est accessible en fauteuil roulant, toilettes comprises, et des fauteuils ou cannes peuvent être fournis si nécessaire.

Photographie : Les photos en extérieur sont autorisées, mais le site demande aux visiteurs de rester attentifs aux autres et respectueux du lieu. Les prises de vue professionnelles nécessitent des autorisations. Les drones sont interdits.

Notre avis sur les Killing Fields de Choeung Ek

Les Killing Fields de Choeung Ek ne nous ont pas marqués de la même manière que S21.

À Tuol Sleng, l’horreur est immédiate, concrète, enfermée dans les bâtiments. À Choeung Ek, elle est plus diffuse. Le site est vert, calme, presque paisible. On voit moins. Mais l’audio-guide, les fosses, les objets déposés, l’arbre, la stupa et les témoignages obligent à imaginer. Et cette imagination pèse très lourd.

Nous ne dirions pas que Choeung Ek est une visite “à faire” au sens touristique habituel. Ce n’est pas une curiosité, ni un incontournable au sens léger du terme. C’est un lieu de mémoire.

Pour nous, cette visite a pourtant toute sa place dans un voyage au Cambodge, surtout si l’on veut comprendre le pays au-delà d’Angkor, des marchés, des plages et des paysages. Elle rappelle que voyager, c’est parfois accepter de regarder une histoire difficile sans chercher à l’adoucir.

Nous sommes repartis de Choeung Ek avec le sentiment d’avoir été témoins, plus que visiteurs. Et c’est peut-être ce qui résume le mieux cette journée.

Envie de (re)découvrir notre journée de voyage incluant notamment notre visite de S21 et des Killing Fields ? Rendez-vous dans notre journal de voyage !


FAQ : visiter les Killing Fields de Choeung Ek

Les Killing Fields et Choeung Ek, est-ce la même chose ?

Oui, dans le langage courant, les “Killing Fields” de Phnom Penh désignent généralement le Choeung Ek Genocidal Center. Il existait toutefois de nombreux killing fields au Cambodge. Choeung Ek est l’un des plus connus, notamment en raison de son lien direct avec S21 et de sa proximité avec Phnom Penh.

Quel est le lien entre S21 et Choeung Ek ?

S21 était le centre de détention, d’interrogatoire et de torture. Choeung Ek était l’un des lieux d’exécution où les prisonniers étaient transférés après les interrogatoires et les aveux forcés. Les deux sites sont donc indissociables pour comprendre le système khmer rouge à Phnom Penh.

Combien de temps faut-il prévoir pour visiter les Killing Fields ?

Nous conseillons de prévoir entre 1h30 et 2h. L’audio-guide demande du temps, et le site mérite d’être parcouru lentement.

Faut-il prendre l’audio-guide aux Killing Fields ?

Oui, vraiment. À Choeung Ek, beaucoup de choses ne sont plus visibles. L’audio-guide permet de comprendre les fosses, l’organisation du site, les témoignages et le lien avec S21. Lors de notre visite, il était disponible en français.

Peut-on visiter S21 et les Killing Fields le même jour ?

Oui, c’est possible et cohérent. Nous avons visité S21 le matin, puis Choeung Ek ensuite. La journée est toutefois très lourde émotionnellement. Il vaut mieux ne rien prévoir de trop intense après.

Les Killing Fields sont-ils plus difficiles que S21 ?

C’est différent. S21 est plus frontal, tandis que Choeung Ek agit davantage par contraste, entre le calme apparent du lieu et ce que l’audio-guide raconte. L’un n’est pas forcément “plus difficile” que l’autre : les deux se complètent.

Peut-on visiter les Killing Fields avec des enfants ?

Le site l’autorise avec accompagnement, mais nous serions prudents. Avec des adolescents préparés, la visite peut avoir du sens. Avec de jeunes enfants, certains récits et certains lieux nous semblent trop difficiles.