16/02/2026 - Banteay Srei, Beng Mealea et soirée à Siem Reap

Une journée pour les temples éloignés d’Angkor

Ce 16 février 2026, nous quittons temporairement le cœur du parc archéologique d’Angkor pour partir vers deux temples plus éloignés : Banteay Srei et Beng Mealea.

Notre départ avec le tuktuk de l’hôtel est prévu à 8 heures. Une fois de plus, nous nous réveillons tôt, sans même avoir besoin de réveil. Le rythme cambodgien est désormais bien installé. Nous allons prendre notre petit déjeuner tranquillement, en profitant de ne pas devoir nous presser comme les jours précédents.

Un peu avant huit heures, nous retrouvons notre chauffeur et embarquons pour une première bonne portion de route.

Sur la route, une autre manière de découvrir le pays

La route jusqu’à Banteay Srei dure environ une heure.

Comme nous nous laissons conduire, le trajet devient une nouvelle occasion d’observer la vie locale au hasard des routes : les maisons, les petits commerces, les champs, les scooters, les scènes du quotidien, les gestes simples d’un matin cambodgien.

Ce type de déplacement participe beaucoup à ce que nous ressentons de différent au Cambodge par rapport à la Thaïlande. Nous avons souvent l’impression d’être plus immergés dans le pays, plus proches de la vie de ses habitants, moins isolés dans une succession de sites touristiques.

Les trajets ne sont donc pas de simples moments “entre deux visites”. Ils font partie du voyage.

Banteay Srei, la citadelle des femmes

Nous arrivons à Banteay Srei vers 9 heures.

Le temple est petit. Très petit, même, surtout après les dimensions impressionnantes des sites visités les jours précédents. Pourtant, il dégage immédiatement quelque chose de très particulier.

Consacré en 967, Banteay Srei est dédié principalement à Shiva. Contrairement à beaucoup de grands temples d’Angkor, il n’a pas été construit par un roi, mais par un brahmane de haut rang. Son nom moderne, souvent traduit par “citadelle des femmes” ou “citadelle de la beauté”, vient de la finesse exceptionnelle de ses sculptures et de la présence de nombreuses figures féminines divines.

La couleur du grès joue aussi énormément. Ce grès rose, rouge par endroits, donne au temple une chaleur et une personnalité vraiment différentes.

Un petit temple, mais des sculptures extraordinaires

Ce qui impressionne à Banteay Srei, ce n’est pas la taille. C’est la précision.

Les sculptures sont parmi les plus belles que nous ayons vues sur l’ensemble du site archéologique d’Angkor. Frontons, linteaux, devatas, scènes mythologiques, motifs floraux : chaque détail semble travaillé avec une finesse incroyable.

Un chemin de planches est aménagé autour du temple. Il empêche les visiteurs d’aller où bon leur semble, ce qui peut sembler contraignant au premier abord, mais c’est finalement une excellente chose. Cela protège le site et permet de conserver un certain recul sur les façades sculptées.

Au-delà des cordes, interdiction de passer, pour préserver le site. Cela permet aussi à chacun de pouvoir admirer sans problème les innombrables et magnifiques sculptures tout au long du parcours. 

Même avec déjà pas mal de monde sur place, la visite reste agréable. Le site est petit, donc la foule se ressent vite, mais l’organisation limite les débordements.

Banteay Srei ne viendra pas détrôner Ta Prohm dans notre palmarès mais il entre clairement dans notre top des visites d’Angkor, surtout pour son état de conservation, ses sculptures et cette couleur si reconnaissable.

L’ombre de l’affaire Malraux

Avant notre visite, nous étions tombés à l’hôtel sur une vidéo rappelant l’épisode du pillage tenté par André et Clara Malraux à Banteay Srei en 1923.

Les faits sont simples : des bas-reliefs ont été découpés et emportés, avant que le couple ne soit arrêté au Cambodge et que les œuvres puissent finalement retrouver leur place. Je ne vais pas entrer ici dans un long développement historique, car ce sujet méritera davantage de place dans la future page consacrée au temple.

Sur place, en voyant la finesse et la fragilité de ces sculptures, cet épisode prend néanmoins une dimension très concrète. On comprend encore mieux à quel point ce patrimoine doit être protégé.

Une pause fraîcheur avec notre chauffeur

Même en prenant notre temps, la visite de Banteay Srei dure environ 50 minutes.

Nous retrouvons ensuite notre chauffeur sur le parking. Il discute avec un autre chauffeur de tuktuk et nous propose une bouteille d’eau bien fraîche. Nous échangeons quelques minutes sur la chaleur. Pour eux, ce climat reste encore “normal”, alors que nous transpirons déjà largement. Ils nous expliquent que la vraie saison chaude va commencer dans quelques jours.

Ces petites conversations sans enjeu nous plaisent beaucoup. Parler simplement de la pluie, ou plutôt du beau temps, dans un parking de temple au Cambodge, avec deux chauffeurs souriants, fait aussi partie de ces moments simples qui restent.

Une longue route vers Beng Mealea

La seconde portion de route est bien plus longue.

Entre Banteay Srei et Beng Mealea, nous avons l’impression de partir visiter le bout du monde. Le trajet dure environ 1h30. Nous traversons des champs déjà brûlés, des cultures de manioc récoltées, des villages, des zones plus ouvertes.

Sur le bas-côté, les tiges de manioc rassemblées en fagots attendent sagement d'être replantées.

Depuis les champs, nous apercevons au loin, sur notre gauche, les falaises du Phnom Kulen National Park. Ce parc faisait initialement partie de nos idées de visite, mais nous avions finalement renoncé pour des questions de budget et de rapport intérêt/prix.

La distance nous confirme aussi une chose : c’était une bonne idée de faire cette journée en tuktuk plutôt qu’en scooter. Ce n’est pas infaisable, mais avec la chaleur, la poussière et la longueur des trajets, nous aurions terminé complètement rincés.

Beng Mealea, un temple à l’ambiance plus sauvage

Nous arrivons enfin à Beng Mealea. L’ambiance change complètement.

Ici, rien à voir avec la finesse rose de Banteay Srei. Beng Mealea est un temple beaucoup plus vaste, plus ruiné, plus brut, davantage laissé dans son état d’effondrement. 

Son nom signifie souvent “étang de lotus”, et le temple daterait du début du XIIe siècle, probablement sous le règne de Suryavarman II, le roi d’Angkor Wat.

On le décrit parfois comme une sorte de cousin sauvage d’Angkor Wat : un plan proche, une logique architecturale comparable, mais une atmosphère beaucoup plus chaotique, avec des blocs effondrés, des galeries ruinées, des passages surélevés et cette impression de temple perdu.

Un lieu qui nous divise un peu

Moi, j’aime beaucoup cette ambiance. Elle permet de s’imaginer, au moins un peu, ce qu’ont pu ressentir les premiers explorateurs lorsqu’ils ont découvert les temples avant restauration. Bien sûr, il faut faire un effort d’imagination : la jungle a largement été défrichée, les accès sont sécurisés, des chemins de planches permettent de circuler, et le site est désormais bien intégré aux circuits touristiques.

Malgré cela, Beng Mealea conserve quelque chose de plus brut que les temples du centre d’Angkor.

John, lui, accroche moins. Il a plus de mal à se projeter. Le temple n’offre pas le même effet “waouh” immédiat que Ta Prohm, Angkor Wat ou même Banteay Kdei. Une partie du site est fermée pour travaux, probablement surtout de sécurisation, et il n’est pas possible d’en faire le tour complet. Le parcours oblige à revenir sur ses pas, ce qui casse un peu la fluidité de la visite.

La fréquentation joue aussi. Il y a beaucoup de visiteurs, pas toujours très attentifs aux autres. C’est l’un des petits maux de notre époque touristique. Avouons-le aussi : ça parle un peu trop français autour de nous. Ce n’est pas forcément la langue qu’on a le plus envie d’entendre à l’autre bout du monde.

Un temple éloigné qui se mérite

Nous passons environ une heure à Beng Mealea, le temps de suivre le parcours, de profiter de certaines vues et de nous imprégner de l’ambiance.

Le temple ne nous laisse pas le même ressenti à tous les deux, mais il mérite clairement la visite si l’on aime les sites plus ruinés, moins lissés, moins “parfaits”.

Nous retrouvons notre chauffeur vers 12h30. Il nous demande si nous souhaitons nous arrêter quelque part pour manger. Lui a déjà déjeuné pendant notre visite. De notre côté, nous n’avons pas spécialement faim. Nous préférons rentrer à l’hôtel pour nous baigner et nous reposer.

Nous repartons donc pour environ 1h20 de route jusqu’à Siem Reap. Les temples éloignés d’Angkor se méritent, et cette journée nous le confirme largement.

Préparer un dernier lever de soleil

De retour à l’hôtel, nous réservons finalement à nouveau un scooter pour le lendemain. Nous envisageons de tenter le lever de soleil à Angkor Wat. Au départ, ce moment très prisé ne nous attirait pas plus que cela, surtout à cause de la foule. Comme notre dernière journée à Siem Reap ne prévoit finalement rien de vraiment contraignant, nous décidons de quand même tenter notre chance.

À la réception, on nous demande même si, vu l’heure matinale de départ, nous souhaitons que l’hôtel fasse le plein du scooter pour nous. Excellente idée ! Nous acceptons avec plaisir. Cela nous fera une chose de moins à gérer au petit matin.

Piscine et fin d’après-midi tranquille

Après cette longue journée de route et de temples, nous partons nous rafraîchir avec une bonne douche, puis nous terminons l’après-midi à la piscine. Ce rituel devient presque incontournable à Siem Reap. Les temples le matin ou en journée, la poussière, la chaleur, les trajets, puis l’eau fraîche de la piscine pour remettre les compteurs à zéro.

Ce n’est pas du luxe. C’est de la survie touristique bien organisée.

Dîner au Sambo Khmer & Thai Restaurant

Un peu avant 18 heures, nous commandons un tuktuk pour aller dîner en ville, au Sambo Khmer & Thai Restaurant.

Le restaurant est bien situé, à proximité des marchés et de l’animation du centre. Nous le trouverons suffisamment bon et pratique pour l’ajouter plus tard à nos bonnes adresses, même s’il ne nous marquera pas autant que Chita’s Café.

John choisit un pad kra pao, tandis que je prends un poisson local frit servi entier.

C’est très bon, d’un bon rapport qualité-prix, et parfait pour une soirée où nous avons envie de profiter un peu de Siem Reap sans nous lancer dans quelque chose de trop compliqué.

Siem Reap Art Center Night Market

Après le repas, comme le Siem Reap Art Center Night Market se trouve tout près, nous partons y faire un tour.

Le marché est touristique, évidemment, mais il a quelque chose de plus vivant qu’un simple alignement d’échoppes. On y trouve notamment plusieurs peintres, que l’on peut observer en train de réaliser leurs toiles.

Les sujets se répètent souvent : temples, moines, apsaras, éléphants, scènes cambodgiennes. Pourtant, chaque toile garde une petite différence, une variation, un détail qui la rend unique. Nous n’achetons rien ce soir-là, mais nous aimons nous promener dans cette ambiance. L’endroit rappelle que Siem Reap ne se résume pas aux temples ni à Pub Street. Il existe aussi une vie de marchés, d’artisanat, de petits échanges et de créations plus ou moins touristiques, mais bien présentes.

L’humour des vendeurs

Nous nous amusons aussi de quelques échanges avec les vendeurs.

Un t-shirt nous fait sourire : “No tuktuk, no massage, no money”. Difficile de faire plus direct pour résumer certaines sollicitations touristiques.

Un peu plus loin, une vendeuse me dit qu’elle me réserve son meilleur prix, rien que pour moi. Je lui réponds avec un large sourire que tous les vendeurs me font leur meilleur prix rien que pour moi. Elle me regarde alors avec malice et me répond que tous les touristes disent qu’ils ne font que regarder. Bien joué ! C’est le jeu, lui dis-je. Nous échangeons un regard entendu, et chacun repart avec le sourire.

Cette autodérision, nous l’avons souvent ressentie au Cambodge. Elle rend les interactions beaucoup plus légères, même dans des contextes très touristiques.

Pub Street, juste pour voir

Nous nous laissons ensuite guider au fil des rues et des ponts éclairés du riverside, que nous avions parcouru de jour la veille. La transformation est impressionnante. Les lumières changent complètement l’ambiance. 

Les ponts, la rivière, les enseignes, les reflets, les marchés, tout prend une autre énergie.

Nous arrivons finalement à Pub Street, un jus de canne à la main, simplement pour voir à quoi cela ressemble. L’endroit est animé, bruyant, très touristique. Nous nous y promenons brièvement, sans vraiment chercher à y rester. Ce n’est pas ce que nous préférons, mais cela fait aussi partie de Siem Reap.

Pub Street de nuit... Méconnaissable ! 

En nous éloignant un peu de l’animation, nous croyons distinguer certains signes de prostitution, féminine comme masculine. C’est discret, mais présent. Ce n’est pas ce que l’on vient chercher ici, évidemment, mais l’ignorer complètement serait aussi se raconter une version trop lisse de la ville.

Le mauvais tuktuk

Une fois sortis de l’animation, nous commandons un Grab pour rentrer à l’hôtel.

Notre tuktuk arrive rapidement. Comme je n’arrive pas à distinguer la plaque, je vérifie en demandant : The Community ?” Le chauffeur acquiesce. Nous montons. Sauf que le suivi de la course n’apparaît pas sur mon téléphone. Bizarre...

Moins de deux minutes plus tard, son téléphone sonne. C’est son vrai client, qui l’attend toujours au point de prise en charge. Le chauffeur s’est trompé de passagers, et notre propre tuktuk nous attend encore là où nous étions.

Ni une ni deux, il fait demi-tour, nous redépose, embarque cette fois le bon client, non sans rire de la situation avec notre propre chauffeur, qui nous récupère à son tour. 

Aucun stress. Aucun drame. Juste une erreur, un demi-tour, quelques sourires, et chacun retrouve sa place.

Une journée qui résume quelque chose du Cambodge

Cette anecdote résonne bizarrement avec un autre souvenir du voyage : ce chauffeur qui avait failli ne jamais nous conduire jusqu’à Sihanoukville, faute de batterie.

Ici, on ne stresse jamais vraiment. Chaque problème semble avoir sa solution. Presque toutes les erreurs sont réparables. Et lorsque ce n’est pas le cas, pourquoi s’en faire plus que nécessaire ?

Cette journée du 16 février commence par deux temples éloignés, se poursuit sur de longues routes de campagne, bascule vers les marchés et la nuit de Siem Reap, puis se termine par une erreur de tuktuk réglée dans le rire.

Une journée de plus où nous découvrons le Cambodge autrement : dans ses temples, bien sûr, mais aussi dans ses trajets, ses vendeurs, ses chauffeurs, ses lumières du soir et cette manière assez désarmante de ne jamais dramatiser.

Décidément, j’aime de plus en plus ce pays.