
Pour cette dernière vraie journée à Phnom Penh, le programme s’annonce dense.
Nous avons prévu de commencer par deux incontournables situés à deux pas de l’hôtel : le Palais Royal et le Musée national du Cambodge. Ensuite, direction le quartier du Old Market pour changer une bonne partie de notre argent, avant de faire une pause bien méritée autour d’une boisson glacée. Et comme la journée ne semble pas encore assez remplie, nous prévoyons aussi de repartir à pied en milieu d’après-midi pour découvrir Wat Ounalom puis Wat Phnom, en longeant une grande partie du quai Sisowath.
Sur le papier, c’est parfait. Dans la réalité, cette journée nous laissera un souvenir plus contrasté.
Comme notre hôtel se trouve à moins de 200 mètres, nous choisissons la solution la plus simple : partir à pied pour arriver pile à 8 heures, au moment de l’ouverture.

En route vers le Palais Royal, nous croisons deux jeunes novices qui se promènent devant le palais, la route étant fermée à la circulation.
Le Palais Royal de Phnom Penh est l’un des ensembles les plus emblématiques de la capitale.
Résidence officielle du roi du Cambodge depuis le XIXe siècle, il est construit à partir de 1866, sous le règne du roi Norodom, lorsque la capitale s’installe durablement à Phnom Penh après avoir quitté Oudong.

Vue d'ensemble des jardins, avec la salle de représentations artistiques en toile de fond
Le complexe tel qu’on le découvre aujourd’hui résulte en grande partie de reconstructions et d’aménagements du début du XXe siècle.
Mais avant même d’avoir acheté nos billets, une guide francophone nous tombe dessus et nous propose ses services. Avec le recul, nous comprenons très bien la mécanique : intervenir avant le passage en caisse permet aussi d’éviter que les visiteurs ne découvrent trop tôt l’existence des audio-guides. Sur le moment, nous nous laissons prendre au jeu. Une fois engagés vis-à-vis d’elle, difficile de nous désengager.

La salle du trône (interdite aux photographies à l'intérieur du bâtiment), et à droite, le bâtiment permettant au roi de monter à dos d'éléphant, du temps où la pratique existait encore. Le drapeau hissé indique que le Roi est présent.
Nous payons donc les 10 dollars d’entrée par personne, puis 10 dollars supplémentaires pour la visite guidée. Celle-ci est intéressante, oui, mais clairement trop rapide. Nous avons l’impression de cocher les étapes plus que de réellement profiter du lieu. Une fois le tour terminé, nous faisons donc ce que nous aurions dû faire dès le départ : un deuxième passage en autonomie, à notre rythme, pour observer les bâtiments, respirer un peu l’atmosphère et surtout prendre des photos sans être pressés.

Le pavillon Joséphine, cadeau de la France
Et c’est là que le lieu commence vraiment à nous séduire.
Très honnêtement, à refaire, je pense que je me désengagerais. Pas parce que la guide était incompétente, mais parce que ce type de lieu mérite qu’on le découvre à son rythme, sans se sentir entraîné d’un point à l’autre.
S’il y a bien une partie du complexe qui nous marque davantage, c’est la pagode d’Argent.

La pagode d'argent. Ici aussi les photos sont interdites à l'intérieur de la bâtisse, qui contient les pièces les plus précieuses du Cambodge.
Son nom vient de son sol composé de milliers de dalles d’argent, pour un poids total d’environ six tonnes, même si seule une partie est visible, le reste étant protégé par des tapis. Officiellement, elle porte le nom de Wat Preah Keo Morakot, le temple du Bouddha d’émeraude ou de cristal, et elle abrite plusieurs objets religieux et royaux précieux.

C’est clairement cette seconde enceinte qui nous séduit le plus. L’ensemble est raffiné, apaisant, et dégage quelque chose de plus fort que le reste du parcours. Peut-être parce qu’on y sent mieux la dimension spirituelle. Peut-être aussi parce qu’après la visite accélérée imposée par la guide, nous avons enfin le temps de regarder vraiment.

Au final, nous ressortons contents d’avoir découvert le Palais Royal. C’est un incontournable, il aurait été dommage de le manquer, et le lieu est magnifique. Mais nous en retenons aussi une petite leçon utile pour la suite : désormais, avant d’accepter les services d’un guide qui nous tombe dessus à l’entrée, nous prendrons le temps de voir ce qui est réellement proposé.
Voyager, c’est aussi apprendre vite.
Après le Palais Royal, nous continuons tout simplement à pied jusqu’au Musée national du Cambodge. Vu la chaleur qui commence déjà à bien s’installer, cette transition nous semble presque être une stratégie de survie.
Nous prenons nos billets. Le musée annonce un tarif adulte à 10 dollars, auquel s’ajoute le supplément pour l’audio-guide francophone. Là encore, le système nous convient parfaitement : chacun avance à son rythme, sans pression, avec des explications claires quand on en a besoin.

Le bâtiment vaut déjà le détour à lui seul. Son architecture khmère, sa cour intérieure et son ambiance paisible en font une visite agréable avant même de s’intéresser aux collections. Construit entre 1917 et 1924 et inauguré en 1920, il est intimement lié au travail de George Groslier, figure importante dans la mise en valeur des arts cambodgiens.

La visite se fait relativement vite, mais le contenu est dense. On y découvre plusieurs pièces majeures de l’art khmer, dont certaines proviennent des temples du parc archéologique d’Angkor ou de périodes proches. En ce sens, le musée donne déjà des clés de lecture précieuses pour la suite du voyage.

Représentation de Shiva jouant avec son fils.

Statue du Roi Lépreux, qui se trouvait à l'origine sur la terrasse du même nom, dans l'enceinte d'Angkor Thom. Sur site, la statue a été remplacée par une copie.
C’est aussi une visite qui permet de changer de rythme après le Palais Royal : moins de faste, plus de contemplation, davantage de recul.
Après le musée, nous partons à pied en direction du Old Market pour effectuer une mission plus pratique, mais importante : changer la plus grande partie de notre argent.

Quartier du Old Market
Avant le départ, j’avais repéré sur Google Maps un bureau de change apparemment bien noté : L.S Travel Agency Money Exchange. Et sur place, le bon plan se confirme. Non seulement le taux pour changer des dollars est intéressant, mais la personne sur place prend aussi le temps de donner quelques conseils utiles sur la sécurité et les arnaques à éviter.
En revanche, nous retenons une chose importante : mieux vaut éviter de changer beaucoup d’euros en riels, car le taux est nettement moins favorable. Et de toute façon, il est presque impossible de repartir sans riels puisque la monnaie est très souvent rendue dans cette devise.
C’est exactement le type d’adresse pratique qu’on aime trouver avant un départ : rien de glamour, mais vraiment utile sur place.
Après cette étape plus logistique, nous nous offrons une pause fraîcheur dans un petit cabanon croisé entre le marché et le bureau de change.
Je commande un iced matcha latte, l’une des boissons que j’avais envie de tester pendant ce voyage, et je ne suis pas déçue. C’est très bon, bien frais, parfait pour faire retomber un peu la chaleur et se redonner un coup de sucre. John, de son côté, tente un lait glacé à la fraise, mais le verdict est plus mitigé : beaucoup trop sucré à son goût.
Nous rentrons ensuite à l’hôtel pour profiter d’une vraie coupure au milieu de la journée. Et c’est là que nous réalisons à quel point l’emplacement de notre hébergement est un atout à Phnom Penh. Pouvoir tout faire à pied, revenir souffler, repartir ensuite sans perdre de temps dans les transports change complètement l’énergie de la journée.
Nous passons environ une heure à la piscine, surtout pour nous mettre au frais pendant que la ville tourne au ralenti. À cette heure-là, beaucoup de gens mangent ou visitent encore, si bien que le coin est presque désert. C’est exactement ce qu’il nous faut.
En milieu d’après-midi, nous repartons à pied. Depuis la terrasse du skybar de l’hôtel, nous avions aperçu Wat Ounalom, situé juste à côté. L’occasion est trop belle pour ne pas aller y faire un tour.

Vue d'ensemble du Wat Ounalom depuis le Sisowath Quay
L’entrée est gratuite, et la visite prend environ une heure. Ce n’est pas un site majeur au sens où il faudrait absolument traverser la ville pour le voir, mais si l’on passe dans le quartier, l’arrêt est agréable.
Fondé au XVe siècle, souvent daté de 1443, Wat Ounalom est considéré comme l’un des temples les plus importants de Phnom Penh. Il a longtemps été le siège de l’ordre Mahanikaya et reste aujourd’hui un monastère actif, ce qui donne à l’ensemble une atmosphère plus vivante, plus quotidienne, moins tournée vers le tourisme pur.

Les habitations situées au fond de l'enceinte de la pagode
Son nom est lié à une relique très particulière : selon la tradition, on y conserve un poil de sourcil du Bouddha. C’est ce genre de détail très spécifique qui rappelle à quel point les lieux religieux au Cambodge sont encore profondément ancrés dans la dévotion.

La visite est simple, calme, sans logistique compliquée. Une vraie petite parenthèse entre deux temps plus chargés.

Oui oui, nous sommes toujours dans l'enceinte du temple.
Nous poursuivons ensuite vers Wat Phnom en longeant une bonne partie de Sisowath Quay.
Sur le papier, cela devait être une promenade agréable au bord de l’eau, avec le Mékong en toile de fond. Dans les faits, l’expérience se révèle beaucoup plus mitigée.

Assez vite, un homme nous aborde. Il se présente comme ressortissant du Bangladesh (nous sommes dans le quartier indien de la ville) et prétend chercher son chemin. Il engage la conversation, très souriant, très avenant, un peu trop peut-être. Quelques mots sont échangés, puis nous reprenons notre route.
Sauf qu’au moment où nous repartons, son “copain”, assis non loin de là, se lève à son tour. Et tous les deux se mettent à marcher à notre hauteur.
Sur le moment, nous essayons de ne pas céder trop vite à la paranoïa. Nous faisons même un petit test très simple : nous nous arrêtons pour regarder le fleuve. Eux aussi s’arrêtent, quelques mètres plus loin. Nous les fixons franchement, histoire de montrer que nous avons remarqué leur manège. Ils semblent décrocher.

Mais arrivés à l’entrée de Wat Phnom, John les aperçoit de nouveau, tout près. Cette fois, plus de doute : ils nous ont suivis sur un peu plus d'un kilomètre.
Nous ne saurons jamais quelles étaient leurs intentions réelles, et c’est précisément cela qui est stressant. Se sentir observé ou potentiellement ciblé n’est déjà pas agréable chez soi. Alors à l’autre bout du monde, la sensation est encore plus dérangeante. Ce n’est pas de la peur panique, mais une vraie inquiétude.
Heureusement, l’entrée du temple étant payante pour les étrangers, ils ne nous suivent pas à l’intérieur. Mais à cet instant, notre décision est prise : nous ne rentrerons pas à pied.
Une fois à l’intérieur du complexe, nous pouvons enfin souffler un peu.

La stupa du Wat Phnom
Wat Phnom est un lieu hautement symbolique dans l’histoire de la capitale. Selon la légende, une femme nommée Lady Penh aurait découvert au XIVe siècle des statues sacrées apportées par les eaux, puis aurait fait ériger une petite pagode sur une butte pour les abriter. Cette “colline de Penh” aurait ensuite donné son nom à la ville : Phnom (=colline) Penh.

Les escaliers menant au sanctuaire principal
Le sanctuaire initial est généralement daté de 1372, même si le temple a été reconstruit et modifié à plusieurs reprises au fil des siècles.

L’entrée coûte 1 dollar pour les étrangers et la visite se fait très bien en moins d’une heure, si l’on se contente du temple sans parcourir le parc qui l’entoure. Le lieu est fréquenté, mais sans être étouffant. Le temple lui-même est très joliment décoré, et l’ensemble se découvre facilement sans avoir besoin d’y consacrer des heures.
C’est typiquement le genre de visite courte et efficace que l’on intègre très bien dans une journée déjà bien remplie.
À la sortie de Wat Phnom, nous essayons donc de commander un tuktuk pour rentrer. Après l’épisode de Sisowath Quay, il est hors de question de refaire le trajet à pied.
Mais là, autre petite douche froide : les chauffeurs déjà présents nous tombent littéralement dessus.
L’un d’eux nous annonce 4 dollars pour le trajet, alors que Grab affiche une course à 3 500 riels, soit même pas le quart du prix demandé. Nous refusons poliment mais fermement. Sauf que l’insistance devient franchement désagréable, presque agressive.
Cela dit, avec le recul, il faut aussi nuancer. Nous ne connaîtrons plus du tout ce type de situation pendant le reste du voyage. Cette pression nous semble donc très liée au contexte particulier de Phnom Penh, où la concurrence entre chauffeurs est forcément plus forte, et où le manque de touristes se fait davantage sentir. Le conflit avec la Thaïlande a clairement pesé sur la fréquentation du pays, et cela se ressent aussi dans ce genre d’interactions.
En rentrant, nous préparons les bagages pour le départ du lendemain matin. Phnom Penh touche déjà à sa fin.
Pour le dîner, nous nous rendons dans un restaurant asiatique repéré la veille au soir, à moins de 200 mètres de l’hôtel : KIRI Southeast Asian Cuisine. Et cette fois, très bonne surprise. L’adresse mérite clairement d’être recommandée.
John choisit, sans grande surprise, des fruits de mer au basilic thaï, tandis que j’opte pour une poitrine de porc caramélisée à la chinoise, le fameux Chinese Sticky Belly, le tout suivi du non moins célèbre "sticky rice with mango" thaïlandais. C’est succulent, les prix restent corrects, et le repas conclut parfaitement la journée.
A gauche : Fruits de mer au basilic thaï - A droite : Poitrine de porc caramélisée à la chinoise
Si nous devons tirer une conclusion honnête de cette seconde et dernière vraie journée à Phnom Penh, elle est assez simple : nous y avons vu des lieux beaux, utiles, incontournables même pour un premier voyage au Cambodge. Mais pour ce que nous en avons expérimenté, l’ambiance de la ville ne nous a pas séduits.
C’est sans doute une question de goût personnel. Phnom Penh est immense, et nous n’en avons vu qu’une infime partie. Nous ne sommes pas particulièrement attirés par les grandes villes, et l’épisode sur Sisowath Quay a clairement pesé dans notre ressenti.
Mais je nuancerais tout de même une chose importante : sauter Phnom Penh lors d’un premier voyage au Cambodge ne me semble pas envisageable. Ne serait-ce que pour S21 et les Killing Fields, qui constituent de vraies clés de lecture pour la suite du séjour. Comprendre cette partie de l’histoire aide à mieux saisir bien d’autres lieux ensuite, à commencer par Phnom Sampeau à Battambang.
Autrement dit, Phnom Penh ne nous a pas charmés, mais elle nous a semblé essentielle.