
Ce 18 février 2026, nous quittons Siem Reap.
Après une semaine entière passée sur place, le départ a un petit goût doux-amer. Nous avons pris nos marques, trouvé nos habitudes, nos restaurants, notre rythme, notre hôtel-refuge. Nous avons surtout vécu plusieurs journées intenses autour des temples d’Angkor.
Le matin, nous faisons notre check-out au The Community, puis nous prenons un dernier petit déjeuner sur place. Le tuktuk de l’hôtel nous conduit ensuite jusqu’au bureau de la compagnie de transport. Cette fois, nous ne partons ni en bateau, ni avec un chauffeur privé, ni en scooter. Nous avons réservé depuis la Belgique un trajet en van partagé via 12Go, entre Siem Reap et Kratie.
Sur le papier, le trajet doit durer toute la journée, avec un départ prévu à 8h et une arrivée annoncée à 16h.
Je dis bien : annoncée.
Le premier trajet est assuré par SRL Transport. Le billet nous a coûté 22,20 € par personne.
À notre arrivée au bureau, l’accueil est assez froid. Après la gentillesse constante du personnel de l’hôtel, le contraste se ressent immédiatement.
Le van est petit, mais relativement confortable. La route est longue, parfois cahoteuse, mais cette première partie reste encore agréable. Comme souvent au Cambodge, les trajets sont aussi l’occasion d’observer le pays défiler : petites villes, maisons, champs, palmeraies, scènes de bord de route, scooters, marchés, silhouettes croisées quelques secondes derrière la vitre.
Nous quittons progressivement le Cambodge des temples pour rejoindre celui du Mékong.
Après plusieurs heures de route, nous atteignons enfin le Mékong.
Petit aperçu de la première portion de route, de Siem Reap à Stung Treng
Passer au-dessus de ce fleuve mythique, ça fait quelque chose. On a beau l’avoir vu sur des cartes, l’avoir imaginé, l’avoir associé au Laos, au Cambodge, au Vietnam, à tout un imaginaire de voyage, le voir apparaître réellement sous nos yeux reste un moment particulier. Nous franchissons le pont qui permet d’arriver à Stung Treng.
Là, surprise : un changement de van est prévu. Nous ne le savions pas.
Ce détail me fait un peu râler intérieurement. Dans notre itinéraire initial, nous avions envisagé une étape à Stung Treng et Preah Rumkel, notamment pour approcher la frontière lao, les rapides du Mékong et la zone humide protégée classée site Ramsar. Nous avions finalement annulé cette étape quand nous avions compris qu’il serait compliqué de louer une voiture sur place.
En découvrant que notre trajet passe malgré tout par Stung Treng, avec un changement organisé sur place, je me dis que nous aurions peut-être pu maintenir cette étape.
Tant pis. On le saura pour une prochaine fois.
Il est environ 13h30 lorsque nous arrivons à Stung Treng. La pause déjeuner se fait directement au bureau de transport, où se trouvent des toilettes et une petite cuisine. Nous ne prenons rien. Le menu ne nous attire pas vraiment, et l’endroit non plus.
Ce n’est pas seulement un changement de van. C’est aussi un changement de compagnie.
Personne ne parle vraiment anglais, et il est difficile d’obtenir des informations claires. Nous comprenons surtout que la suite sera moins confortable que la première partie. Le trajet initial a beau avoir été vendu sous une seule réservation, le changement de partenaire fait partie de l’organisation prévue. À nos yeux, cela engage aussi la responsabilité de la compagnie de départ. Quand une société confie une portion du trajet à un partenaire, elle reste responsable du choix de ce partenaire.
Sur ce point, nous ne recommanderions pas vraiment cette option.
La deuxième partie du trajet est nettement plus pénible.
Le van est beaucoup moins confortable. Nous sommes entassés comme du bétail. Il fait chaud. John a pratiquement sa voisine sur les genoux tant l’espace est serré. Le plus étonnant, c’est la gestion des bagages. Chacun est censé pouvoir voyager avec une valise, mais aucune place réelle ne semble prévue pour les ranger correctement.
Le chauffeur s’arrange pour installer les passagers cambodgiens du mieux possible. D’autres personnes montent encore en cours de route. On sent qu’il y a des petits arrangements, des habitudes locales, des ajustements permanents que nous ne maîtrisons pas du tout.
Dans d’autres circonstances, cela pourrait faire partie du charme du voyage. Ici, après déjà plusieurs heures de route, avec la chaleur, le manque d’espace et l’absence d’informations, l’expérience devient surtout fatigante.
La conduite n’aide pas. Le chauffeur roule vite, de manière imprudente, et passe beaucoup de temps au téléphone. Ce n’est pas franchement rassurant.
Sur la première portion, j’avais beaucoup filmé la route. Sur la seconde, j’en perds presque l’envie. Nous ne sommes plus vraiment dans l’observation tranquille du pays. Nous sommes dans l’attente que le trajet se termine.
Nous traversons aussi des zones de brûlis. Par endroits, les flammes viennent lécher le bord de la route. C’est très impressionnant. J’empoigne mon téléphone pour filmer, mais je fais malheureusement une mauvaise manipulation : la vidéo ne se lance pas.
Ce genre de moment restera donc seulement dans notre mémoire.
Nous arrivons finalement à Kratie vers 17h, soit avec environ une heure de retard sur l’horaire annoncé.

Après cette longue journée, il faut encore marcher une quinzaine de minutes pour rejoindre notre hôtel, le Sorya Guesthouse, situé en bordure du Mékong.
Nous sommes épuisés.
Le contraste avec l’arrivée à l’hôtel est immédiat. L’un des deux gérants nous accueille avec un grand sourire et un verre de jus de fruits en guise de bienvenue. Cela suffit déjà à faire redescendre la pression. Il nous laisse prendre le temps de nous poser un peu, puis nous accompagne jusqu’à notre chambre.
La chambre donne directement sur le fleuve.

Après cette journée de route, c’est du grand luxe. La terrasse offre une vue superbe sur le Mékong. Nous venons à peine d’arriver, mais l’ambiance change déjà complètement. Siem Reap est derrière nous. Angkor est derrière nous. Nous sommes entrés dans une autre partie du voyage.
Kratie semble plus calme, plus provinciale, plus lente. Nous prenons une bonne douche, franchement nécessaire après cette journée de van, puis nous montons à l’étage du restaurant.
Le restaurant du Sorya Guesthouse dispose d’une terrasse panoramique donnant elle aussi sur le Mékong. Nous commandons deux excellents cocktails, préparés par le gérant qui nous a accueillis à notre arrivée.

Devant nous, le soleil décline doucement.
C’est notre premier coucher de soleil sur le fleuve. Après la chaleur, la route, le second van inconfortable, les brûlis, le retard et la fatigue, ce moment a quelque chose de réparateur. Le fleuve impose immédiatement un autre rythme. On regarde, on respire, on se tait un peu.

Le contraste avec la journée est total.
Nous commandons ensuite à manger. Le repas est excellent. On retrouve cette impression de cuisine maison, presque familiale, simple mais soignée. Tout ce dont nous avions besoin après une journée de transfert.

Nous ne faisons rien de plus ce soir-là. Pas de balade, pas de programme, pas de tentative d’exploration. Nous avons juste besoin de dormir.
Demain, il faudra prendre nos marques dans ce nouvel endroit, comprendre Kratie, approcher le Mékong autrement, et commencer une étape très différente de celle que nous venons de quitter. Pour l’instant, nous profitons seulement du calme.
La journée n’a pas été la plus agréable du voyage. Elle n’a rien eu de spectaculaire, sauf peut-être ce passage au-dessus du Mékong et les flammes des brûlis au bord de la route. Elle a surtout été longue, fatigante, parfois inconfortable. Elle nous a pourtant fait basculer d’un monde à l’autre.
Nous avons quitté les temples d’Angkor. Nous sommes arrivés sur les rives du Mékong.