14/02/2026 - Angkor Thom, Preah Khan et soirée magique au Phare Circus

Une nouvelle journée dense à Siem Reap

Après deux premières journées déjà très riches à Angkor, nous attaquons ce 14 février 2026 avec un programme une nouvelle fois bien rempli.

Le matin est consacré au cœur d’Angkor Thom, l’ancienne grande cité royale. Au programme : la porte sud, le Bayon, le Baphuon, la Terrasse des Éléphants et la Terrasse du Roi Lépreux. Nous avions également prévu Phimeanakas, mais il finira par passer à la trappe.

L’après-midi, direction Preah Khan, l’un des grands temples de Jayavarman VII, avant une soirée complètement différente au Phare Circus.

Sur le papier, la journée est dense. Dans les faits, elle sera surtout magnifique, très variée, et ponctuée de plusieurs moments inattendus.

Lever du soleil à la porte sud d’Angkor Thom

Nous arrivons très tôt dans la zone d’Angkor Thom, juste à temps pour le lever du soleil à la porte sud.

Premier détail pratique à savoir : pour Angkor Thom, le contrôle du pass ne se fait pas devant chaque temple, mais avant l’entrée dans l’enceinte. Même si l’on ne compte que traverser sans s’arrêter, il faut donc pouvoir présenter son pass.

La porte sud est l’une des cinq portes monumentales qui donnaient accès à Angkor Thom. Elle est surmontée de quatre grands visages tournés vers les points cardinaux. 

Sous Jayavarman VII, ces visages sont généralement interprétés soit comme une représentation d’Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion, soit comme une image idéalisée du roi lui-même, associant pouvoir royal et bienveillance divine.

L’allée précédant la porte est bordée de devas et d’asuras tirant un naga, dans une référence directe au mythe du barattage de la mer de lait déjà observé la veille à Angkor Wat.

Devas, les dieux, à gauche du pont

Asuras, les démons, à droite du pont

Dans les premières lueurs du jour, la porte prend une toute autre dimension. Nous en profitons pour prendre de très belles photos, d’autant plus que des embarcations travaillent alors à retirer les plantes envahissantes des douves. 

Le mélange entre monument, lumière douce, eau et scènes de travail donne à ce début de journée une atmosphère vraiment particulière.

Le Bayon, entre fascination et frustration

Nous poursuivons avec le Bayon, sans doute l’un des temples les plus célèbres d’Angkor Thom.

Construit à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle sous Jayavarman VII, le Bayon est le grand temple d’État bouddhique de la cité. Il est surtout célèbre pour ses tours à visages, que nous venons déjà de rencontrer à la porte sud et qui donnent à Angkor Thom une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

Ses bas-reliefs sont également très précieux, car ils ne montrent pas seulement des scènes religieuses ou militaires, mais aussi des moments de vie quotidienne, de marché, de fêtes, d’animaux, de métiers et d’affrontements avec les Chams, peuple du royaume de Champa, situé dans l’actuel centre du Vietnam.

Tout semble réuni pour un coup de cœur mais notre ressenti sera plus mitigé. Non pas parce que le temple manque d’intérêt, bien au contraire, mais parce que nous ne pouvons pas vraiment en profiter comme nous l’aurions voulu. La terrasse supérieure, celle qui permet normalement de s’approcher des fameux visages, est fermée pour travaux, sans date de fin actuellement prévue. Au niveau inférieur, une partie importante du temple est également inaccessible, avec de nombreux échafaudages.

Forcément, cela change l’expérience.

Nous sommes contents d’être là, contents de voir enfin le Bayon, mais il nous manque cette impression d’immersion totale que tant de voyageurs décrivent. Nous avons un peu le sentiment d’apercevoir sa magie à travers des barrières, sans pouvoir pleinement entrer dedans.

Le Baphuon, géant de pierre et galeries magnifiques

Heureusement, le Baphuon nous réconcilie rapidement avec cette matinée.

Situé non loin du Bayon, ce grand temple-montagne du XIe siècle était initialement dédié à Shiva. Comme tous ses semblables, il représente lui aussi le Mont Meru, montagne cosmique de la tradition hindoue, avec ses niveaux successifs, ses escaliers abrupts et sa montée progressive vers le sanctuaire. 

Son histoire de restauration est elle aussi spectaculaire : démonté pierre par pierre avant la guerre civile, il est longtemps resté sous forme de centaines de milliers de blocs, avant d’être remonté comme un immense puzzle.

De loin, le Baphuon impressionne déjà. Sur place, il révèle encore davantage de caractère.

Nous montons jusqu’en haut. Les escaliers sont à nouveau raides, et la descente ne l’est pas moins. 

Si la montée demande de l'effort, la descente nécessite du courage et une absence de vertige ! 

À ce stade du séjour, nous commençons à avoir de l’entraînement, mais mon genou, lui, n’est pas tout à fait du même avis. Je monte et je descends donc les marches une par une, en laissant passer les autres visiteurs pour ne gêner personne. Une jeune fille me demande même gentiment si j’ai besoin d’aide. Ou comment se prendre un petit coup de vieux en plein voyage, à même pas 50 ans !

Ce que nous aimons le plus au Baphuon, ce sont ses galeries en ogive. Elles sont magnifiques. Elles donnent au temple une atmosphère presque solennelle, très différente de ce que nous avions ressenti ailleurs. 

Nous savons qu’un immense Bouddha couché a été aménagé sur le flanc ouest du temple à partir de pierres récupérées sur la structure, mais nous ne le trouvons pas. Nous n’avons pas très envie de chercher davantage : à ce moment-là, une autre distraction capte toute notre attention.

Les singes du Baphuon

Autour du Baphuon, les singes sont partout.

Et cette fois, nous prenons vraiment le temps de les observer. Il y a des petits, des adultes, des scènes de jeu, de toilette, de disputes, de bonds maladroits. C’est visiblement la saison des bébés, et c’est absolument adorable.

Je vois même pour la première fois une femelle enceinte.

Nous passons beaucoup plus de temps que prévu à les regarder évoluer autour du temple. Ce n’était pas dans le programme, évidemment. Mais c’est exactement le genre de parenthèse qui fait aussi le charme d’un voyage.

Cela explique pourquoi Phimeanakas, pourtant prévu au programme, sera finalement écarté. Nous avons préféré profiter pleinement de ce que nous avions sous les yeux, plutôt que courir pour cocher une étape supplémentaire.

La Terrasse des Éléphants, ancienne tribune royale

Depuis le Bayon jusqu’aux terrasses, nous choisissons de nous déplacer à pied. Les distances ne sont pas énormes, et la promenade sous les arbres est vraiment agréable.

Nous arrivons d’abord à la Terrasse des Éléphants. Ce n’est pas un temple, mais une grande plateforme monumentale associée au palais royal. Elle date de l’époque de Jayavarman VII et servait de tribune depuis laquelle le roi et sa cour pouvaient assister aux défilés, cérémonies, parades militaires ou processions.

La façade sculptée, longue d’environ 300 mètres, met en scène des éléphants, des cornacs, des lions, des nagas et des garudas. 

L’éléphant, animal royal par excellence, y incarne la puissance, la souveraineté et le prestige.

La visite est assez rapide en soi, mais le lieu aide à comprendre qu’Angkor Thom n’était pas seulement une succession de temples. C’était une vraie cité royale, avec ses espaces de pouvoir, de représentation et de cérémonie.

La Terrasse du Roi Lépreux, plus mystérieuse

Juste à côté, la Terrasse du Roi Lépreux offre une ambiance très différente.

Son nom vient d’une statue assise retrouvée au sommet de la terrasse. L’original est aujourd’hui conservé au Musée national de Phnom Penh, et c’est une copie qui se trouve à Angkor Thom. Ce détail nous parle d’autant plus que nous avons justement vu la statue originale quelques jours plus tôt à Phnom Penh. 

Le lien entre les deux visites rend l’ensemble plus concret.

La terrasse est souvent associée à des fonctions funéraires ou symboliques. Les interprétations varient, certains y voyant une représentation du dieu Yama, juge des morts, plutôt qu’un véritable roi lépreux. 

Ce qui frappe surtout, ce sont les murs sculptés sur plusieurs registres, peuplés de nagas, d’apsaras, de démons, de divinités et de figures intermédiaires.

Là encore, la visite n’est pas très longue, mais elle prolonge bien la lecture d’Angkor Thom comme espace royal, rituel et symbolique.

Dernier déjeuner chez Chita’s Café

Après cette matinée bien remplie, nous retournons vers le parking du Bayon pour récupérer notre scooter, non sans croiser encore quelques singes dans les allées. 

Direction Chita’s Café !

C’est notre troisième passage, et probablement le dernier du séjour. La patronne est encore plus surprise et ravie de nous revoir que la veille. Je lui explique que ce sera malheureusement sans doute notre dernière visite, et on sent vraiment que cela lui fait plaisir que nous soyons revenus plusieurs fois.

Ce jour-là, John choisit un bœuf au basilic sacré et au piment, tandis que je prends un boeuf aux légumes frais de saison. Délicieux, une fois de plus.

Chita’s Café aura vraiment été l’une de nos belles petites trouvailles autour d’Angkor.

Preah Khan, le grand labyrinthe

L’après-midi, après avoir pris congé de notre hôte, nous partons pour Preah Khan.

C'est reparti pour un tour en scooter ! Direction Preah Khan ! 

Construit en 1191 par Jayavarman VII, Preah Khan signifie “l’Épée sacrée”. Le temple a été édifié pour commémorer la victoire du roi sur les Chams et rendre hommage à son père. Ce détail est intéressant, surtout après la visite de Ta Prohm, dédié à sa mère. À travers ces deux temples, on touche à quelque chose de très personnel dans l’immense programme architectural de Jayavarman VII.

Preah Khan n’était pas seulement un temple. C’était une véritable ville-monastère, à la fois centre religieux, administratif et intellectuel. Il abritait des moines, des dignitaires, des enseignants, et s’inscrivait dans la grande réforme bouddhique mahayana du roi, tout en conservant des sanctuaires hindous dédiés notamment à Shiva et Vishnou.

Sur place, le site est immense. Vraiment immense.

Nous le traversons essentiellement de part en part, et cela suffit déjà à donner l’impression de ne jamais en voir le bout. Un plan propose plusieurs itinéraires possibles, sans qu’aucun ne permette réellement de tout parcourir. 

Le temple a quelque chose de labyrinthique, presque infini.

Une conversation qui réoriente un futur voyage

À l’entrée de Preah Khan, nous croisons un couple de Français avec qui nous échangeons quelques minutes. La conversation commence sur le Cambodge, le voyage, puis glisse vers le conflit à la frontière thaïlandaise et le fait que nous avons visité Battambang  sans problème. Eux n’avaient pas osé s’y rendre.

Nous parlons aussi du Laos, qu’ils viennent de visiter avant le Cambodge. Et là, quelque chose se déclenche.

Ils nous décrivent un pays encore très authentique, très accueillant, peut-être même plus que le Cambodge, mais ils évoquent aussi plusieurs évolutions qui les inquiètent : la pression croissante du tourisme de masse, notamment chinois, certaines pratiques devenues très artificielles autour du tak bat à Luang Prabang, et les grands projets de barrages sur le Mékong qui risquent de modifier durablement les paysages, jusque dans la région des 4000 îles.

Cette conversation nous donne un vrai sentiment d’urgence.

Nous avions en tête d’autres projets pour la suite. Mais à ce moment-là, une idée s’impose doucement : le retour en Thaïlande peut probablement attendre. Le Laos, lui, changera peut-être plus vite que ce que nous imaginons.

Spoiler alert : cette discussion jouera un rôle réel dans nos réflexions pour le prochain voyage. Si tout se passe bien, ce devrait être le Laos, en novembre 2027.

Salle des danseuses, bâtiment à deux étages et couloirs sans fin

Nous reprenons ensuite la visite de Preah Khan.

Même en suivant essentiellement l’axe principal, le temple demande du temps. On traverse des portes, des couloirs, des galeries, des cours, des espaces plus sombres, d’autres plus ouverts. L’impression de labyrinthe est très forte.

La Salle des danseuses est l’un des moments les plus marquants. Ses sculptures sont d’une grande finesse, et l’on y retrouve cette manière khmère de faire surgir la grâce au milieu de la pierre.

Plus loin, un bâtiment à deux étages retient particulièrement notre attention. Il est souvent présenté comme une structure unique à Angkor, interprétée tantôt comme un grenier à riz, tantôt comme une halle liée aux récoltes. Quoi qu’il en soit, sa silhouette tranche nettement avec le reste du site.

Preah Khan n’est pas moins impressionnant qu’Angkor Wat ou Ta Prohm, mais il se révèle autrement. Ses couloirs sont tellement resserrés, ses murs si proches, ses espaces si nombreux qu’on n’a jamais vraiment le recul nécessaire pour mesurer son immensité d’un seul regard. Il faudrait presque pouvoir le survoler pour comprendre la taille réelle du site. 

Sur place, on le ressent plutôt par accumulation : une porte, puis une autre, une galerie, une cour, un détour, un nouvel axe… comme si le temple refusait de se laisser saisir d’un coup.

Retour à l’hôtel et pause piscine

Après Preah Khan, nous rentrons à l’hôtel.

Comme souvent depuis notre arrivée à Siem Reap, la piscine devient notre meilleur allié de fin d’après-midi. Après les temples, la chaleur, la marche et la poussière, ce moment de fraîcheur est devenu presque indispensable.

Nous profitons donc d’une pause bien méritée avant de repartir pour la soirée.

Street food et ambiance chaleureuse au Phare Circus

Le soir, nous prenons un tuktuk pour rejoindre Phare Circus.

Nous avions réservé nos places depuis la Belgique, en première catégorie. Sur place, nous arrivons un peu plus tôt pour profiter des stands de street food proposés avant le spectacle. L’accueil est adorable, que ce soit à la caisse, à l’intérieur, aux stands de boissons ou de nourriture. 

On retrouve la même chaleur que nous avions ressentie à l’école de Battambang. Comme c’est l’happy hour, nous prenons deux cocktails. 

Je goûte aussi une préparation délicieuse : des bâtons de citronnelle farcis au hachis de poulet et à la mangue

Un vrai régal, que je ne retrouverai nulle part ailleurs pendant le voyage. John, lui, reste sur des entrées plus classiques, comme des nems.

Avant le spectacle principal, nous assistons à un pré-show avec de très jeunes élèves. Ils sont déjà impressionnants, très doués, très investis. Les danseurs de l’Apsara Theatre n’ont qu’à bien se tenir.

L’Or blanc, un cirque cambodgien entre poésie et engagement

Le spectacle du soir s’intitule L’Or blanc.

Ce spectacle est centré sur le rôle du riz au Cambodge. Il raconte l’histoire d’un personnage et de sa communauté, pris entre respect du riz, exigences du monde moderne, travail, commerce, valeurs collectives et enseignements bouddhistes de modération.

Ce n’est peut-être pas le spectacle le plus spectaculaire de leur programmation, du moins par rapport à certains extraits que nous avions vus avant le départ, mais il est très poétique. 

Ce qui change radicalement par rapport au cirque occidental, c’est la manière de tout mêler : acrobaties, musique, danse, théâtre, humour et même peinture. 

Un artiste réalise plusieurs toiles en direct pendant le spectacle, ce qui ajoute une dimension visuelle vraiment originale.

Il y a quelques petits ratés dans certaines prouesses acrobatiques, mais rien qui casse le moment. Au contraire, cela rappelle que l’on est devant des artistes bien réels, en train de donner énormément d’eux-mêmes. On se laisse porter par la magie.

Avec nos places de première catégorie, nous recevons aussi une gourde réutilisable en souvenir. Des éventails sont distribués à l’entrée et récupérés à la sortie, un détail très pratique dans la chaleur de la salle.

Une Saint-Valentin sans romantisme classique, mais inoubliable

Après le spectacle, nous reprenons un tuktuk vers l’hôtel.

La journée a été longue. Très longue. Elle a commencé au lever du soleil devant la porte sud d’Angkor Thom, s’est poursuivie entre temples, singes, terrasses royales, déjeuner coup de cœur, labyrinthe de pierre à Preah Khan, discussion inattendue sur le Laos, pause piscine et soirée de cirque cambodgien.

Pour une Saint-Valentin, on a déjà vu plus classique. Mais très franchement, difficile d’imaginer une journée plus variée, plus dense et plus mémorable. Nous nous écroulons comme des masses, avec cette sensation très nette d’avoir encore vécu une journée magique à Siem Reap.