12/02/2026 - Premiers temples d’Angkor, rats héros et soirée de danses khmères

Une première journée à Siem Reap placée sous le signe de la variété

Après une excellente nuit de sommeil au People by The Community, nous nous réveillons avec cette sensation très agréable d’avoir enfin posé nos valises pour plusieurs jours.

Le petit déjeuner est servi dès 6 heures, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que les temples d’Angkor ouvrent eux aussi très tôt. Nous descendons un peu avant 7 heures, le temps de manger, de remonter à la chambre pour préparer notre sac, puis de revenir à la réception récupérer les clés du scooter loué pour les trois jours suivants.

À l’origine, j’avais plutôt imaginé alterner journées temples et journées plus légères, surtout pour John. Finalement, c’est lui qui décide d’enchaîner trois jours consécutifs à Angkor, histoire de conserver le même scooter et de profiter de l’élan.

Avec le recul, c’était un très bon choix.

Un petit déjeuner copieux avant de partir vers Angkor

L’hôtel propose des petits déjeuners européens et asiatiques à 7 dollars, et ce matin-là, je me tourne vers une formule asiatique, du type pad thaï au poulet ou au porc, accompagnée d’une boisson chaude ou glacée au choix, de fruits frais et d’une eau aromatisée maison.

C’est copieux, très bon, et parfaitement adapté à la journée qui nous attend.

Quelques minutes plus tard, un membre du personnel explique à John le fonctionnement du scooter. Comme il est motard, il trouve rapidement ses marques, même s’il doit s’habituer à une conduite automatique. Après un petit test concluant, nous partons d’abord chercher une station-service pour faire le plein, puis direction les temples.

Une mise en jambes volontairement plus douce

Nous avions déjà acheté notre pass Angkor en ligne avant le départ pour le Cambodge. Nous avons opté pour le pass 7 jours, car pour seulement 10 dollars de plus que le pass 3 jours, nous nous sommes dit qu’il valait mieux nous sentir libres d’étaler ou de condenser nos visites selon nos envies.

Si vous souhaitez vous aussi réserver des pass, je vous recommande vivement de réserver sur le site officiel ou de télécharger l'application. Cela vous évitera de perdre du temps sur place. Prévoyez une photo d'identité à télécharger lors de la réservation.

Pour cette première matinée, nous avions choisi de commencer en douceur, avec des temples un peu moins “écrasants” que les grands incontournables absolus. L’idée était simple : apprendre à lire un temple khmer, comprendre le langage architectural, la symbolique, les volumes, l’eau, la pierre, les plans… avant de nous jeter immédiatement sur les icônes les plus fréquentées. Et surtout : cela permet de garder de l'appétit pour continuer les visites, sachant que les trois grandes stars du lieu que sont Angkor Wat, Ta Prohm et le Bayon restaient à venir. 

Le circuit de cette première journée

Le PowerPoint de visite que j'avais préparé en amont posait très clairement cette logique de “mise en jambes” avec Pre Rup, East Mebon, Ta Som, Neak Pean et Srah Srang. Dans les faits, nous avons respecté presque exactement ce programme, avec simplement un léger décalage horaire d’environ une heure sur l’ensemble de la journée.

Pre Rup, premier choc visuel

Nous commençons avec Pre Rup, et très franchement, c’est une entrée en matière spectaculaire.

Ce temple du Xe siècle, souvent présenté comme un très bel exemple de temple-montagne, permet immédiatement de comprendre ce que signifie l’ascension symbolique vers le domaine des dieux. Sa structure en terrasses superposées, ses tours au sommet et ses escaliers très raides en font un lieu aussi impressionnant à regarder qu’à gravir. 

Le site est associé au règne de Rajendravarman II et à une symbolique religieuse forte, probablement liée à Shiva. Nous montons tout en haut, et le ressenti est immédiat : choc visuel.

La chaleur est déjà bien présente, mais à ce stade du voyage nous commençons à y être habitués. Surtout, la fréquentation reste très raisonnable. Le site est calme, ce qui rend cette première découverte encore plus marquante.

C’est aussi ici que nous nous familiarisons avec le fonctionnement pratique des visites à Angkor : à chaque entrée de site, des agents viennent scanner les pass. Dans notre cas, j’avais tout sur mon téléphone, ce qui est très pratique. Je conseillerais malgré tout de faire une capture d’écran du QR code, en cas de souci de réseau.

East Mebon, intéressant mais moins prioritaire

Nous poursuivons avec East Mebon, autre temple du Xe siècle lié lui aussi à Rajendravarman II

À l’origine, il se trouvait au centre de l’immense East Baray, aujourd’hui asséché, ce qui lui donnait une dimension symbolique très forte autour de l’eau et du pouvoir royal. 

Comme Pre Rup, il reprend la logique du Mont Meru, avec plusieurs niveaux d’élévation et un groupe de tours sommitales. Le temple est intéressant, mais si je devais être honnête, je dirais qu’il est moins prioritaire que d’autres si l’on visite Angkor sur un temps plus limité.

Ce qui le distingue le plus dans mon souvenir, ce sont surtout ses statues d’éléphants en pierre, disposées comme des gardiens aux quatre angles des enceintes et qui lui donnent une vraie personnalité. 

La visite reste agréable, mais Pre Rup venait déjà de placer la barre très haut.

Ta Som, premier coup de cœur de la journée

S’il ne fallait retenir qu’un seul temple de cette matinée, ce serait sans doute Ta Som.

Le site est beaucoup plus modeste que d’autres grands noms d’Angkor, mais il possède quelque chose de profondément attachant. Temple du XIIe siècle construit sous Jayavarman VII, il est souvent comparé à une sorte de mini Ta Prohm, avec ses passages, ses portes-tour, sa végétation et cette impression que la pierre et la nature continuent ici à dialoguer. 

On y retrouve aussi les célèbres visages du style Bayon, ainsi que des bas-reliefs dans un état de conservation vraiment étonnant.

Ce qui nous séduit immédiatement, c’est son ambiance : beaucoup d’ombre, de la verdure, des jeux de lumières une fois à l'intérieur des galeries, un vrai sentiment d’intimité et une fraîcheur très appréciable.

La visite est rapide — environ 30 minutes — mais la magie est là. 

Ce n’est pas un temple qui écrase. C’est un temple qui charme.

Neak Pean, plus pour le cadre que pour le monument

Nous poursuivons avec Neak Pean, qui est un site très particulier dans l’ensemble d’Angkor.

Ici, on n’est ni dans le temple-montagne ni dans le grand sanctuaire spectaculaire. Neak Pean est un petit ensemble insulaire situé au milieu de bassins, construit à la fin du XIIe siècle sous Jayavarman VII

Il s’inscrit dans un univers très symbolique lié à l’eau, à la purification et à une vision presque thérapeutique du lieu. 

Honnêtement, ce que nous avons préféré ici, c’est moins le “temple” lui-même que l’approche du site. La traversée du baray par le chemin de planches est vraiment agréable, paisible, très différente du reste.

C’est typiquement le genre de lieu qui repose davantage sur l’ambiance que sur l’effet monumental.

Srah Srang, une halte simple mais logique

Dernière étape de cette matinée : Srah Srang.

Ce grand bassin royal, situé juste en face de Banteay Kdei, est une halte très facile à intégrer dans un parcours angkorien. Aménagé dès le Xe siècle puis remanié sous Jayavarman VII, il illustre à merveille l’importance de l’eau dans la cité d’Angkor, à la fois ressource vitale, élément rituel et composante paysagère. 

Nous nous y arrêtons seulement 10 à 15 minutes, le temps pour John de relire les explications du PowerPoint et de prendre quelques photos. Pour nous, il s’agit surtout d’une pause visuelle plus que d’un vrai moment de respiration. 

Ceux qui y viennent au lever ou au coucher du soleil en tireront sans doute davantage. Cela dit, comme on passe de toute façon devant à un moment ou à un autre, autant en profiter pour s’y arrêter brièvement.

Chita’s Café, l’excellente trouvaille du déjeuner

Après cette matinée déjà bien remplie, nous allons déjeuner dans un établissement que j’avais repéré depuis la Belgique : Chita’s Café. Verdict ? C’est un sans-faute.

L’accueil est très sympathique, la cuisine est traditionnelle, familiale, copieuse, et le rapport qualité-prix est franchement imbattable. Presque tous les plats tournent autour de 12 000 riels, avec en plus une grande théière de thé glacé offerte.

Je choisis un poulet à l’ananas, John un bœuf frit au gingembre. À vrai dire, la cuisine inverse les viandes entre nos deux plats, mais cela reste excellent, donc aucune déception à l’arrivée.

Tellement excellent, d’ailleurs, que nous nous disons immédiatement que pour les deux jours suivants, nous ne chercherons pas plus loin.

APOPO Visitor Center, les petits héros à l’œuvre

Après cette excellente pause, nous partons pour une visite d’un tout autre type : APOPO Visitor Center.

John n’était pas particulièrement enthousiaste à l’idée de cette activité, surtout à cause de son aversion très nette pour les rats. De mon côté, je voulais absolument voir ces petits héros en action.

Sensibiliser pour dédiaboliser

La visite, intégralement en anglais, commence par une partie théorique. On y apprend notamment comment ces rats sont formés pour repérer les mines antipersonnel grâce à leur odorat, mais aussi comment certains sont utilisés dans la détection de la tuberculose

Leur petite taille leur permet de se déplacer sur les terrains minés sans déclencher les explosifs, ce qui fait d’eux des auxiliaires incroyablement précieux.

Ensuite vient la démonstration pratique, puis la possibilité, pour les visiteurs, de prendre un rat dans les bras pendant quelques instants.

Autant dire que je ne me suis pas fait prier. Je me suis même arrangée pour avoir les deux rats disponibles dans les bras.

Retour à l’hôtel avant la soirée

Après APOPO, nous revenons à l’hôtel pour un bref moment de détente à la piscine.

La journée est dense, mais à aucun moment nous n’avons eu l’impression de courir. C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans cette première journée à Siem Reap : sa terrible variété, sans lourdeur.

Une soirée au Apsara Theatre

Au soir, nous repartons, mais cette fois en tuktuk. Rouler en scooter à la nuit tombée ne nous inspire pas du tout, surtout dans un environnement que nous connaissons encore mal.

Nous nous rendons donc au Apsara Theatre, que nous avions réservé depuis la Belgique.

Le lieu est aménagé dans un ancien théâtre. Au rez-de-chaussée, les spectateurs dînent sur de longues tablées perpendiculaires à la scène, assis très proches les uns des autres et assez bas. 

Cela plaît moyennement à John, qui aime davantage son intimité. Pour ma part, cela me gêne moins. À mes yeux, il faut avant tout le voir comme un spectacle, pas comme un restaurant classique.

À l’étage, des tables plus traditionnelles existent, mais avec une visibilité moins bonne sur la scène.

Un dîner khmer de bonne facture

Le dîner en lui-même est bon et plus soigné que ce que l’on trouve dans beaucoup de formules de ce type. 

Nous avions choisi le menu The Traditional, présenté par le théâtre comme un assortiment de plats khmers traditionnellement servis lors des célébrations. 

Il comprenait une salade de pomelo aux crevettes, un pork saraman, un poisson aigre-doux, du riz vapeur et une soupe de poulet à la citronnelle. Le tout était servi en même temps sur un grand plateau, ce qui donnait un côté à la fois généreux et cérémoniel au repas. 

Pendant le dîner, un musicien jouait d’un instrument traditionnel, installant une ambiance très agréable avant le début du spectacle.

Dans un second temps, un assortiment de desserts khmers nous a aussi été servi après les plats salés. 

Danses royales, danses paysannes et Reamker

Une fois les tables débarrassées, le spectacle commence. L’ensemble est clairement pensé pour des visiteurs, mais cela ne l’empêche pas d’être bien exécuté ni d’offrir une belle première approche de la culture scénique khmère. Le théâtre met d’ailleurs explicitement en avant la préservation de la danse apsara, du Reamker et d’autres danses traditionnelles cambodgiennes. 

Le premier tableau est bien sûr la danse apsara

C’est sans doute l’image la plus immédiatement associée au Cambodge classique : une danse féminine très codifiée, faite de lenteur, d’équilibre et de gestes extrêmement précis des mains et du buste. 

Les costumes sont superbes, richement ornés, et l’ensemble dégage quelque chose de très solennel. Cette danse s’inscrit dans l’héritage du ballet royal khmer, longtemps lié à la cour, et reste aujourd’hui l’un des grands symboles culturels du pays. 

Le deuxième tableau, la danse de la pêche, tranche complètement avec cette première séquence. On quitte l’univers royal pour entrer dans quelque chose de plus populaire, de plus léger, presque narratif. 

Les gestes imitent le travail des pêcheurs, les déplacements sont plus vifs, le ton est beaucoup plus enjoué et le bruit des paniers heurtant le sol donne le rythme. C'est aussi un portrait humoristique des jeux de séduction entre garçons et filles. 

Le tableau est vivant, drôle par moments, très accessible même quand on n’a aucune connaissance préalable. 

Le troisième tableau nous ramène vers un registre plus dramatique avec un premier épisode du Reamker, la version khmère du Ramayana. On y retrouve la séduction puis l’enlèvement de l’épouse de Rama, dans une chorégraphie beaucoup plus théâtrale, où les postures, les regards et les déplacements racontent une histoire plutôt qu’ils ne cherchent simplement l’effet esthétique. 

Comme j’avais préparé un peu cette matière avant le voyage, j’ai pu suivre plus facilement ce qui se jouait sur scène, et cela aide clairement à apprécier la richesse du tableau. 

Le Reamker fait partie des grandes références du théâtre et de la danse classiques cambodgiens. 

Le quatrième tableau, la danse des noix de coco, revient à quelque chose de plus joyeux et plus rythmé. Là encore, on est dans une danse paysanne, plus directe, qui joue sur les accessoires, l’énergie du groupe et la musicalité. 

Le contraste avec les danses royales fonctionne très bien, parce qu’il évite toute monotonie et rappelle que la culture chorégraphique khmère ne se limite pas à la seule lenteur majestueuse des apsaras.

Le cinquième et dernier tableau revient au Reamker, avec cette fois le combat final et la libération de la princesse. C’est probablement la séquence la plus dense visuellement : il se passe beaucoup de choses, les costumes restent somptueux, et le tableau gagne en intensité dramatique par rapport au précédent épisode. 

C’est une bonne manière de terminer, parce qu’on referme la soirée sur quelque chose de plus ample, plus héroïque, presque épique. Cerise sur le gâteau : ce tableau est aussi représenté sur l'un des bas-reliefs d'Angkor Wat, que nous devons visiter le lendemain. Une belle entrée en matière !

Globalement, j’ai beaucoup aimé ce spectacle. John, lui, a surtout apprécié les danses paysannes, notamment la danse de la pêche, plus vivante et plus immédiatement parlante à ses yeux que les tableaux royaux. 

De mon côté, j’ai aimé les deux registres, mais avec un faible particulier pour la danse de la pêche, drôle et touchante, et pour la scène finale du Reamker, très riche quand on a quelques repères sur l’histoire. Les costumes, eux, étaient magnifiques d’un bout à l’autre.

Une journée dense, variée et remarquablement fluide

Cette première vraie journée à Siem Reap était dense. Très dense, même. Pourtant, à aucun moment nous n’avons eu l’impression de courir. 

Nous avons alterné temples d’Angkor, excellente pause déjeuner, visite originale et engagée chez APOPO, moment de détente à l’hôtel puis soirée culturelle.

Le tout avec une vraie fluidité, et surtout avec ce sentiment très agréable d’entrer progressivement dans l’univers de Siem Reap sans nous brûler les ailes dès le premier jour.

Cette mise en jambes à Angkor était exactement ce qu’il nous fallait. Très franchement, après une journée pareille, nous avions déjà hâte d’être au lendemain.