10/02/2026 - Campagne, Wat Banan et moment suspendu dans une pagode à Battambang

Une journée qui commence par une nouvelle déception côté hôtel

Pour cette journée du 10 février 2026 à Battambang, nous avions prévu depuis plusieurs jours de réserver un circuit bien précis repéré sur le site de l’hôtel.

Il s’agissait d’une journée complète autour de la culture, des rizières rurales et des vergers, avec découverte de la campagne, déjeuner traditionnel dans une famille cambodgienne, puis promenade en charrette à bœufs jusqu’à une école de village et une maison khmère traditionnelle. Le descriptif précisait (et précise toujours) clairement qu’il fallait réserver au moins 24 heures à l’avance.

Dès notre arrivée, j’avais pourtant constaté que ce tour ne figurait nulle part dans le carnet d’excursions laissé dans la chambre. J’en avais parlé à Mathieu, le patron du Cabaret Vert, qui m’avait assuré voir très bien de quel circuit il s’agissait et m’avait confirmé qu’il restait tout à fait organisable. La veille au soir encore, en lui rappelant qu’il fallait bien le réserver pour le lendemain, il nous avait certifié qu’il n’y aurait aucun problème.

Autant dire qu’en nous présentant à la réception à 9 heures, nous pensions partir pour une journée déjà prévue. Si ce n'est qu’en arrivant, le réceptionniste ne semble absolument pas au courant. Je lui explique que Mathieu s’est occupé de tout. Agacé par mon insistance, il finit par l’appeler. Nous n’entendons qu’une moitié de la conversation, mais cela suffit largement à comprendre l’essentiel : rien n’a visiblement été préparé.

Les tours en tuktuk sont une excellente façon d'observer la vie locale au plus près. Le Cambodge, tout comme la Thaïlande, est un pays qui vit "sur roues", les locaux se déplaçant rarement à pied. La plupart des déplacements s'y font en scooter et les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à s'y installer. 

À partir de là, on nous improvise un tour de remplacement qui n’a plus grand-chose à voir avec celui que nous avions demandé. Le déjeuner traditionnel dans une famille disparaît purement et simplement. La promenade en charrette aussi. Quant à l’école de campagne, nous allons très vite comprendre que personne ne sait vraiment ce qui était censé être prévu. À un moment, on tente même de nous proposer Phare Ponleu Selpak comme si cela pouvait faire l’affaire. Sauf que nous l’avons visité la veille par nos propres moyens. Nous déclinons donc immédiatement, un peu sidérés par le niveau d’improvisation.

Honnêtement, à ce stade, notre hôtel achève de nous décevoir définitivement.

Un tour bricolé… mais une vraie immersion malgré tout

La journée aurait pu s’effondrer là, et pourtant, elle va finalement enrichir encore notre regard sur Battambang, cette étape dont nous sommes de plus en plus contents de ne pas nous être privés. 

Ce n’est pas l’hôtel qui va sauver la journée, mais le chauffeur de tuktuk qui nous accompagne. Lui travaille avec l’établissement, bien sûr, mais il se montre tout au long de la journée de bonne volonté, souple, attentif, et c’est largement grâce à lui que ce tour bricolé prend finalement une autre dimension.

Une première “école” qui ne correspond pas du tout à ce qui était annoncé

Nous entamons le circuit avec un premier arrêt à courte distance de l'hôtel censé correspondre à l’école prévue dans le programme. Très vite, nous comprenons que nous ne sommes pas du tout à l’endroit que nous imaginions. Nous nous attendions à une petite école de campagne, probablement une école primaire de village. À la place, nous arrivons dans ce qui ressemble plutôt à un centre de formation professionnelle pour femmes adultes sourdes et malentendantes, orienté notamment vers le tissage de kramas.

Jeune femme muette en pleine formation professionnelle sur un métier à tisser

Le chauffeur nous invite à entrer dans le secrétariat, mais sans nous accompagner. À la tête des trois jeunes femmes présentes sur place, nous comprenons immédiatement qu’aucune d’entre elles n’a été prévenue de notre visite. L’une d’elles nous accueille malgré tout avec beaucoup de gentillesse, nous explique brièvement le fonctionnement du lieu et nous montre un atelier où trois jeunes femmes sont occupées à tisser.

La visite ne dure que peu de temps. Nous repartons touchés par l’accueil très digne qui nous a été réservé malgré le caractère totalement impromptu de notre arrivée, mais aussi franchement agacés par le comportement de l’hôtel. Tout donne l’impression qu’on nous a simplement emmenés vers la première école venue, parce qu’il fallait bien montrer quelque chose.

Le temple baha’i, une découverte intéressante sans être un incontournable

Nous reprenons ensuite la route vers notre seconde étape : le temple baha’i. C’est pour moi l’occasion de découvrir une religion que je ne connaissais pas du tout. Le lieu est calme, harmonieux, entouré de douves artificielles, avec une atmosphère très apaisante. À l’entrée, une jeune femme nous explique que la visite est totalement libre, à la seule condition de ne pas prendre de photos à l’intérieur du temple. Nous respectons évidemment cette consigne.

En entrant, je suis frappée par l’absence de tout ce que j’associerais spontanément à un lieu de culte. Je ne vois ni idole, ni représentation divine, ni signe religieux évident. Pendant que John continue son tour à l’extérieur, je retourne vers les panneaux d’accueil pour essayer de comprendre ce que nous visitons exactement. Tout est écrit en khmer, mais les visuels me permettent peu à peu de saisir l’idée générale. En échangeant avec la jeune femme de l’entrée, je comprends finalement qu’il s’agit d’un lieu pensé pour accueillir chacun, quelle que soit sa confession. C'est précisément l’esprit des Maisons d’adoration baha’ies, conçues comme des lieux de prière ouverts à tous. 

Celle de Battambang a été inaugurée en 2017. Ce n’est pas, selon moi, un passage indispensable dans cette ville. En revanche, c’est une halte intéressante, ne serait-ce que parce qu’elle m’a fait découvrir l’existence de cette religion et d’un lieu dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

Un arbre aux "fruits" particuliers… puis un moment que je n’oublierai jamais

Nous repartons ensuite en tuktuk, et notre chauffeur nous explique qu’il veut nous montrer un arbre un peu particulier. Là encore, le mot est faible. 

Suspendues par dizaines dans les arbres, les roussettes observées en Asie impressionnent autant par leur taille que par leur silhouette de “renards volants”. Ces grandes chauves-souris frugivores jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes tropicaux, notamment pour la dispersion des graines.

L’arbre en question est habité par une quantité impressionnante de très grandes chauves-souris, suspendues dans les branches en plein jour et en plein soleil comme si cela allait de soi. 

Avec une envergure pouvant approcher 1,5 mètre chez certaines grandes roussettes, ces impressionnants mammifères comptent parmi les plus grandes chauves-souris du monde. Au Cambodge, plusieurs colonies vivent à proximité des villages et des pagodes, parfois avec plusieurs milliers d’individus recensés dans un même site.

Le spectacle est déjà étonnant en lui-même, mais ce n’est encore rien à côté de ce qui nous attend juste en face.

Notre chauffeur nous invite à entrer dans une petite pagode voisine. A priori, le lieu n’a rien de spectaculaire. Puis nous entendons des prières s’échapper d’un bâtiment dans lequel plusieurs moines viennent d’entrer. Le chauffeur m’explique que le déjeuner des moines va débuter et me dit que je peux aller regarder si je le souhaite.

Une petite pagode en apparence toute simple

Je pense simplement m’approcher de l’entrée pour observer discrètement, sans déranger personne mais, à peine arrivée à proximité, un très vieux Cambodgien me fait signe d’entrer. Je lui demande presque par gestes s’il me confirme bien que je peux avancer. Il me refait le même signe, avec douceur, comme si ma présence ne posait aucun problème. Alors j’entre, timidement.

À l’intérieur, je me sens tout de suite de trop. Les fidèles assis au sol se retournent vers moi avec un air surpris. Je m’installe donc le plus discrètement possible, très en retrait, en essayant de me faire minuscule. Je n’ose presque pas respirer trop fort. J’observe, j’essaie de comprendre les gestes, les rythmes, les prières, sans avoir aucune certitude de bien saisir ce qui se passe.

Puis trois vieilles dames, assises un peu plus loin, se retournent vers moi. L’une d’elles tapote le sol à côté d’elle pour m’inviter à venir m’asseoir plus près. Et là, quelque chose se détend : je m’approche, profondément touchée, et je m’assieds près d’elles. À ma gauche, une maman est présente avec ses deux petites filles, visiblement très amusées de voir une étrangère débarquer dans ce moment qui n’a absolument rien de touristique. J’ai même l’impression que l’une d’elles me filme discrètement tant ma présence doit lui sembler étrange. Mais il n’y a rien de moqueur dans l’ambiance. Au contraire. Je sens surtout de la curiosité, et chez ces trois vieilles dames, une forme de bonté toute simple qui me bouleverse plus que je ne l’aurais imaginé.

C'est la seule photo (de piètre qualité d'ailleurs) que je conserverai de ce moment, prise par John depuis l'extérieur. Il est de ces moments magnifiques qui ne se conservent que dans les souvenirs.

Je ne prends aucune photo. Pas une seule. Je me contente de vivre le moment. Je regarde les prières, les chants, les plateaux apportés aux moines, les gestes répétés avec sérieux, la patience, la solennité. Je comprends sans doute de travers une partie de ce qui se joue, mais ce n’est presque plus le sujet. Ce qui me marque, c’est d’être là, acceptée dans un moment qui ne m’était pas destiné, tolérée puis accueillie, alors que rien n’y obligeait personne. Je me sens à la fois profondément étrangère à ce qui se passe… et incroyablement privilégiée d’y assister.

Quand les moines commencent à manger et que des assiettes se mettent à circuler parmi l'assistance, probablement pour partager le reste du repas avec les fidèles dans un second temps, je me dis qu’il est temps de prendre congé poliment. Je salue les trois vieilles dames qui m’ont fait une place. Elles semblent ne pas comprendre pourquoi je m’en vais déjà, me montrent les assiettes, me font signe de rester. J’essaie tant bien que mal de leur faire comprendre que je les remercie sincèrement, mais que je préfère me retirer. J’espère qu’elles ont compris que ce départ était une marque de respect, pas de froideur.

Quand je ressors enfin, John m’en veut un peu : je suis restée là près d’une demi-heure, ce qui n’était pas du tout prévu. Tant pis. Pour ma part, je sais déjà que je viens de vivre l’un des moments les plus forts, les plus authentiques et les plus émouvants du voyage. Un de ceux qui ne se photographient pas. Un de ceux qu’on ne peut pas organiser. Un de ceux qui, justement parce qu’ils arrivent sans prévenir, restent longtemps en soi.

Wat Banan sous la chaleur de midi

Nous reprenons ensuite la route vers notre dernière grande étape : Wat Banan. Entre deux arrêts, le simple fait de traverser la campagne autour de Battambang reste déjà très agréable. 

Les routes, les scènes du quotidien, les rizières, les petits villages, les détails de la vie locale donnent de l’épaisseur à la journée, même quand le programme de départ n’a pas été respecté.

Wat Banan, je le connaissais déjà bien en théorie pour m’être beaucoup renseignée avant le départ. Je savais qu’un long escalier nous attendait et qu’il était réputé particulièrement raide. Ce que nous savons aussi très bien en arrivant, c’est que nous sommes une fois de plus au pire moment possible, aux alentours de midi, sous une chaleur écrasante.

Pour atteindre le temple, ce sont pas moins de 358 marches qu'il nous faudra gravir au plus mauvais moment de la journée, soit l'équivalent d'un peu plus de 20 étages. Le temple culmine quant à lui à une altitude de 400 mètres

Nous commençons donc l’ascension avec le temple en ligne de mire, visible au sommet. John part devant et prend rapidement de l’avance. À un moment, je le vois s’arrêter sur ce que je crois être l’arrivée. Je lui demande si les escaliers sont enfin terminés. Il se retourne et me fait signe que non. En réalité, une sorte de palier masquait simplement la suite de la montée. Autant dire que nous sommes très contents d’arriver en haut.

Wat Banan, une vraie récompense

Heureusement, la récompense en vaut largement la peine. Perché au sommet de la colline, Wat Banan offre à la fois un beau point de vue sur les environs et un temple ancien qui rappelle immédiatement certaines lignes de l’architecture angkorienne. 

Un effort largement récompensé ! 

Le site est généralement présenté comme un temple du XIe siècle, parmi les grands témoins du patrimoine ancien autour de Battambang. Nous prenons le temps de visiter, de faire le tour du temple, de profiter de l’endroit malgré la chaleur, et surtout de savourer cette impression très simple : celle d’avoir vraiment mérité la visite.

Wat Banan n’est pas seulement le temple que nous avions dû abandonner la veille faute de transport. C’est un site qui justifie pleinement qu’on s’y arrête.

Une pause fraîche et quelques découvertes locales

Après la descente, nous retrouvons notre chauffeur et lui expliquons que, pour nous, le tour peut s’arrêter là. Nous partons le lendemain vers une nouvelle étape, il faut encore refaire les bagages, et la journée est déjà bien remplie. Nous lui disons simplement que, s’il connaît un endroit où nous arrêter boire quelque chose de frais tous les trois, ce sera avec plaisir.

Il nous emmène alors chez un ami à lui, qui tient un petit stand au bord de la route, notamment autour des noix de coco fraîches. Le chauffeur choisit une coco. De notre côté, nous ne sommes pas spécialement amateurs, mais son ami prépare aussi plusieurs boissons fraîches à base de lait et de coco. C’est ainsi que nous découvrons une boisson délicieuse dont je suis incapable de donner le nom exact. Il y a manifestement quelque chose de lacté, de coco, et de petites graines ou billes rappelant vaguement la taille du tapioca. Impossible d’être plus précise. 

Peu importe au fond : ce que nous retenons surtout, c’est la fraîcheur, la surprise et le plaisir de goûter quelque chose que nous n’aurions jamais commandé seuls.

Son ami nous fait aussi tester de petits fruits verts ainsi que de la mangue verte à tremper dans une sauce chili extrêmement relevée. Là encore, c’est le genre de petite expérience qu’on ne cherche pas, mais qui fait le sel d’une journée. Nous échangeons un peu avec notre chauffeur sur son travail, sur notre voyage, sur le Cambodge. La conversation est simple, agréable, naturelle. 

C’est aussi cela qui fait la force de Battambang : au-delà des lieux, il y a cette impression d’humanité, de proximité et de spontanéité qui revient sans cesse.

Une très bonne adresse pour terminer la journée

De retour à l’hôtel, nous préparons les bagages, profitons encore un peu de la piscine, puis repartons à pied le soir vers le restaurant repéré la veille : TiEM KHMER Restaurant. C’est une excellente surprise, au point que l'endroit méritera clairement sa place dans les bonnes adresses du site.

Le restaurant se compose d'une jolie cour intérieure aménagée comme un petit jardin et offre un moment très agréable. A part nous, pas un seul touriste n'est venu y dîner mais le lieu semble très apprécié des Cambodgiens. 

Ici, on ne parle pratiquement pas anglais, même si la carte est bilingue. Nous devons souvent passer par Google Translate pour nous faire comprendre, avec des résultats parfois un peu approximatifs, mais tout finit par fonctionner.

L’endroit est agréable, les plats très locaux, et surtout très bons. John choisit un steak grillé à la khmère, au goût fumé très particulier, probablement lié au type de bois utilisé, mais franchement délicieux. De mon côté, j’opte pour un curry mijoté de canard aux fleurs de bananier, lui aussi excellent, très particulier, très différent de ce que nous connaissons.

Une très belle façon de conclure cette dernière soirée à Battambang.

Une journée de plus pour comprendre pourquoi Battambang nous a autant plu

Si nous devions résumer cette journée, disons que sur le papier, elle aurait dû être un circuit rural parfaitement organisé. Dans les faits, elle a encore confirmé que notre hôtel ne suivait pas ses propres promesses et gérait certaines demandes avec une légèreté franchement agaçante.

Le programme annoncé n’a pas été respecté. Le déjeuner traditionnel en famille n’a jamais eu lieu. L’école de campagne s’est transformée en visite improvisée dans un centre de tissage où personne ne nous attendait. Sur le plan du service, il y avait clairement de quoi être mécontents.

L'une des rues du centre de Battambang, qui montre à quel point, bien qu'étant la seconde plus grande ville du pays, elle reste définitivement à taille humaine.

Pourtant, si je repense à cette journée aujourd’hui, ce n’est pas cette frustration qui domine. Je retiens plutôt une journée de plus qui est venue confirmer tout ce qui nous a fait aimer Battambang : une étape discrète, parfois sous-estimée, clairement sous-cotée mais d’une richesse culturelle et humaine évidente. Je retiens la découverte du temple baha’i, ce moment suspendu et profondément touchant dans la pagode, la montée éprouvante mais récompensée de Wat Banan, les échanges simples avec notre chauffeur, et cette sensation d’avoir entrevu quelque chose de plus vrai dans la campagne cambodgienne.

Au fond, c’est précisément ce genre de journée qui nous a fait nous féliciter d’avoir maintenu Battambang dans notre itinéraire malgré les recommandations géopolitiques qui nous avaient tant fait hésiter avant le départ.