
Préparer un itinéraire sur une carte est une chose. Le confronter aux transports réellement disponibles, à l’actualité, aux changements de programme et finalement au terrain en est une autre.
Notre voyage de quatre semaines au Cambodge en est probablement la meilleure illustration.
Le premier circuit que nous avions imaginé presque un an avant le départ ne ressemblait déjà plus tout à fait à celui que nous avons réservé quelques mois plus tard. Une fois sur place, certaines décisions se sont révélées excellentes, tandis que d’autres nous ont fait perdre beaucoup de temps ou nous ont donné envie de revoir notre manière de construire nos futurs voyages.
Alors, après quatre semaines au Cambodge, referions-nous exactement le même itinéraire ?
Non.
Mais nous ne changerions finalement pas autant de choses qu’on pourrait le croire.
Notre tout premier itinéraire était plus ambitieux que celui que nous avons finalement suivi.
Nous avions notamment prévu une étape du côté de Koh Ker et Preah Vihear, puis deux nuits vers Preah Rumkel, tout au nord du pays, avant de rejoindre Kratie.

Le circuit initialement prévu
Sur le papier, le parcours nous plaisait beaucoup : il permettait d’associer les grands classiques du Cambodge à des régions beaucoup moins fréquentées.
Il reposait cependant sur une hypothèse importante : nous pensions pouvoir louer une voiture et conduire nous-mêmes, comme nous l’avions fait lors de notre précédent roadtrip en Thaïlande.
C’est là que notre organisation a commencé à changer.
Nous avons découvert pendant les préparatifs que reproduire notre modèle thaïlandais au Cambodge serait beaucoup plus compliqué que prévu.
La location de voiture sans chauffeur était difficile à organiser et les solutions avec chauffeur-guide que nous avons étudiées se sont révélées soit inadaptées à notre programme, soit beaucoup trop coûteuses pour un voyage de quatre semaines.
Nous avons donc complètement revu notre manière de nous déplacer.
Au lieu d’une voiture conservée pendant une grande partie du séjour, nous avons opté pour un mélange de : chauffeurs privés pour certains longs transferts, vans partagés, tuk-tuks, scooters et transports organisés ponctuellement.
Cette décision a entraîné une première simplification du circuit.
L’étape prévue autour de Koh Ker et Preah Vihear a disparu comme lieu de séjour. Preah Rumkel a également été retiré du programme et les nuits de ces deux étapes ont été redistribuées principalement vers Battambang, Siem Reap et Kratie.
À ce moment-là, nous pensions cependant toujours pouvoir visiter Preah Vihear depuis Siem Reap, au cours d’une longue excursion associant notamment Koh Ker. Le temple n’avait donc pas encore réellement disparu de notre voyage : seule l’organisation autour de lui avait changé.
Retrouvez ces péripéties dans le détail et rendez-vous sur notre blog, et consultez plus particulièrement les articles :
L’actualité en a finalement décidé autrement.
Les affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande ont progressivement rendu la région frontalière incompatible avec notre niveau de tolérance au risque et avec les recommandations officielles que nous suivions.

Preah Vihear a donc été définitivement retiré du programme, même sous forme de simple excursion à la journée.
Battambang a, elle aussi, fait l’objet de longues hésitations. La province apparaissait dans les recommandations de prudence et nous avions même envisagé un itinéraire alternatif passant par Kampong Cham.
À quelques semaines du départ, après avoir croisé les informations disponibles et échangé avec des personnes présentes sur place ainsi qu’avec nos hébergements, nous avons finalement choisi de maintenir Battambang.
Avec le recul, nous nous félicitons de cette décision.
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Notre voyage a finalement suivi cette logique :
| Étape | Durée réelle | Notre bilan |
Phnom Penh | 3 nuits | Durée suffisante pour nos priorités |
Koh Rong Sanloem | 3 nuits | Excellente pause, mais mal placée géographiquement |
Battambang | 4 nuits | Une de nos plus belles surprises |
Siem Reap | 7 nuits | Bonne durée, malgré avec une journée finalement peu exploitée |
Kratie | 4 nuits | Durée bien dosée pour explorer sans courir |
Kep | 5 nuits | Base calme et agréable pour découvrir le Sud |
Kampot | excursion depuis Kep | Choix que nous referions plutôt que d’y déplacer nos bagages |

Notre itinéraire réel via Polarstep
Ce circuit nous a permis de voyager lentement, ce qui reste l’un de ses principaux points forts.
Nous avons rarement eu le sentiment de devoir courir pour cocher une visite avant de repartir. Et lorsque nous regardons aujourd’hui les itinéraires très condensés proposés pour deux semaines au Cambodge, nous restons convaincus qu’un séjour plus long permet de découvrir un pays beaucoup plus varié que le seul axe Phnom Penh–Siem Reap.
En revanche, l’ordre de certaines étapes aurait clairement pu être meilleur.
Nous le savions déjà avant de partir : notre circuit n’était pas géographiquement optimal.
Depuis Phnom Penh, nous sommes descendus jusqu’à Sihanoukville pour rejoindre Koh Rong Sanloem, avant de revenir sur le continent et de traverser une grande partie du pays jusqu’à Battambang. Autrement dit, nous sommes descendus vers le sud… pour repartir ensuite très loin vers le nord-ouest.
Pourquoi avoir fait ce choix ? Parce que terminer le voyage par une île inquiétait John. Un ferry annulé, retardé ou perturbé juste avant un vol international peut devenir une source de stress importante. La crainte était parfaitement légitime.
Avec le recul, nous pensons simplement que nous n’avons pas choisi la meilleure solution pour y répondre.
Nous construirions plutôt la fin du voyage ainsi :
Kep → Sihanoukville → Koh Rong Sanloem → Phnom Penh → Europe avec une dernière nuit à Phnom Penh entre le retour de l’île et le vol international.
Cette nuit tampon absorberait le risque lié au ferry sans imposer un immense détour au début du voyage. C’est une règle que nous comptons désormais appliquer à nos futurs itinéraires lorsqu’un transport plus incertain précède un vol important : sécuriser la correspondance plutôt que modifier tout le circuit pour éviter le risque.
Pas totalement.Après Phnom Penh et notamment les visites éprouvantes de S-21 et des Killing Fields, trois jours à Koh Rong Sanloem nous ont offert une véritable coupure. Nous avons dormi, marché, profité de la mer et ralenti avant d’attaquer Battambang puis les temples d’Angkor.
Cette pause était donc très bien placée dans le rythme du voyage, même si elle l’était beaucoup moins sur la carte. C’est toute la difficulté d’un itinéraire : le trajet le plus logique géographiquement n’est pas toujours celui qui offre le meilleur rythme humain.Dans notre cas, nous conserverions la pause insulaire… mais nous la déplacerions simplement à la fin.
S’il fallait citer l’une des meilleures décisions prises pendant toute la préparation, ce serait probablement celle-ci : ne pas avoir supprimé Battambang.
Nous avions envisagé de le faire. Le contexte sécuritaire nous avait obligés à surveiller l’évolution de la situation jusqu’à quelques semaines du départ et Kampong Cham avait même été envisagée comme solution alternative. Finalement, Battambang est restée au programme, et elle est devenue l’une de nos étapes préférées du voyage.

Les quatre nuits prévues nous ont permis de découvrir la ville, sa campagne, Phnom Sampeau, Wat Banan, plusieurs temples et surtout l’univers de Phare Ponleu Selpak sans compresser les journées.
Pour la majorité des voyageurs, trois nuits peuvent suffire. Dans notre cas, quatre se justifiaient d’autant plus que notre arrivée depuis Sihanoukville ne permettait pratiquement aucune visite le premier jour.
Avec un itinéraire plus logique arrivant directement de Phnom Penh, nous envisagerions donc éventuellement trois à quatre nuits, selon l’heure d’arrivée et le programme prévu, mais Battambang, elle, resterait absolument dans le circuit.
Nous le referions demain.
Le bateau entre Battambang et Siem Reap n’était clairement pas la solution la plus rapide pour rejoindre Angkor. C’était précisément son intérêt. Pendant toute une journée, nous avons suivi la rivière Sangkae puis traversé le Tonlé Sap, observé des villages, des maisons sur l’eau, des pêcheurs et des paysages que nous n’aurions jamais vus depuis un minivan.

Nous avons ainsi transformé une journée qui aurait de toute façon été consacrée au déplacement en l’une des plus belles journées de découverte du voyage. C’est exactement le type de transport que nous recherchons désormais davantage : lorsqu’un trajet peut devenir une expérience en lui-même, quelques heures gagnées sur la route perdent une partie de leur importance.
La seule réserve est saisonnière : cette liaison dépend du niveau d’eau et ne doit pas être considérée comme disponible dans les mêmes conditions toute l’année mais dès que les conditions s'y prêteraient, elle resterait sans hésitation dans notre itinéraire.
Sur le papier, sept nuits à Siem Reap peuvent sembler généreuses. Dans notre programme initial, elles avaient pourtant une vraie logique.
Nous voulions évidemment consacrer plusieurs journées aux temples d’Angkor, mais aussi visiter APOPO, assister à des spectacles et intégrer des activités plus éloignées.

Deux projets ont finalement disparu : Phnom Kulen et Kulen Elephant Forest.
La conséquence fut une journée beaucoup plus vide que prévu. Cela pourrait laisser croire que nous avions accordé trop de temps à Siem Reap. Nous ne tirerions pas cette conclusion.
Si nous repartions avec sept nuits et le même niveau d’intérêt pour Angkor, nous pourrions parfaitement les remplir sans courir.
Avec le recul, nous regrettons davantage d’avoir renoncé au Kulen Elephant Forest que d’avoir prévu trop de temps à Siem Reap. Nous l’intégrerions probablement lors d’un prochain voyage.
Pour Phnom Kulen, notre avis reste plus partagé. Le site mérite certainement d’être découvert, mais l’addition du prix d’entrée et du transport en fait une excursion relativement coûteuse. Nous ne dirions donc pas qu’il faut absolument réduire Siem Reap à cinq ou six nuits. Nous dirions plutôt : adaptez la durée à votre programme réel.
Si votre séjour est essentiellement consacré aux temples principaux, moins de nuits suffiront. Si vous voulez prendre votre temps à Angkor, sortir vers les temples excentrés, découvrir APOPO, assister à des spectacles et ajouter Kulen ou d’autres activités, une semaine se justifie facilement.
Preah Rumkel avait disparu très tôt de notre programme.
À l’époque, la décision nous semblait logique. Notre système de transport venait d’être complètement remis en question et cette étape isolée paraissait compliquer encore davantage un circuit déjà long. Nous avons donc redistribué les nuits ailleurs.
Ce n'est qu'une fois sur place que nous avons pris notre van entre Siem Reap et Kratie... qui s’est arrêté dans la région de Stung Treng / Preah Rumkel ! C’est à ce moment que nous avons réalisé que cette étape aurait probablement été beaucoup moins compliquée à conserver que nous ne l’avions imaginé pendant les préparatifs.
Nous envisagerions volontiers : Siem Reap → Stung Treng / Preah Rumkel → Kratie avec une courte étape consacrée notamment aux paysages du Mékong et aux Preah Nimith Waterfalls.
Cela allongerait évidemment encore le séjour. Nous ne conseillerions donc pas forcément cette option pour un voyage de deux semaines, ni même pour tous les itinéraires de trois semaines. En revanche, sur quatre semaines, elle nous paraît aujourd’hui beaucoup plus cohérente. Elle permettrait surtout d’approfondir cette partie du Cambodge tournée vers le Mékong, au lieu de simplement la traverser en van.
La leçon que nous en retenons est simple : lorsqu’un mode de transport prévu disparaît, il ne faut pas automatiquement supprimer les destinations qui en dépendaient. Il faut d’abord vérifier comment les habitants et les autres voyageurs relient réellement ces régions entre elles.
Kratie est un autre bon exemple d’une fausse impression de « journée en trop ».
Nous y avons passé quatre nuits, ce qui représentait en pratique trois vraies journées disponibles compte tenu de notre arrivée tardive et de notre départ matinal. Cette durée nous paraît toujours bien dosée : la première journée a permis de découvrir Koh Trong, une autre de parcourir les environs de Sambor, Kampi et la zone des dauphins, tandis qu’une troisième pouvait être consacrée à Phnom Sambok et à la campagne.

Ce qui a perturbé le programme n’était donc pas le nombre de nuits. C’était surtout notre expérience aux rapides de Kampi. Nous pensions y déjeuner et y passer une partie de l’après-midi. Nous en sommes finalement repartis après moins d’une demi-heure. Cela a mécaniquement vidé une partie de la journée.
Nous ne réduirions donc pas Kratie uniquement sur cette base. Trois nuits constituent pour nous un bon minimum. Quatre permettent davantage de souplesse, surtout si l’on veut profiter de Koh Trong, explorer les environs en scooter ou ajouter une sortie en kayak. Ajoutons à cela que si nous réintégrions Stung Treng / Preah Rumkel avant Kratie, ces deux étapes formeraient même un ensemble particulièrement cohérent autour du Mékong.
Dans le sud, nous sommes plutôt satisfaits de notre organisation.
Nous avons choisi de séjourner à Kep pendant cinq nuits et de découvrir Kampot lors d’une excursion à la journée. Avec le recul, nous ferions probablement encore ce choix.
Kep correspondait davantage à ce que nous recherchions pour terminer cette partie du voyage : calme, proximité du marché aux crabes, campagne accessible en scooter et possibilité de rayonner vers Kampot, les champs de sel, les plantations de poivre ou Kampong Trach.
Cinq nuits représentaient un rythme très confortable. Quatre auraient probablement suffi pour reproduire l’essentiel de notre programme. L’intérêt principal de cette organisation était surtout d’éviter un nouveau changement d’hôtel pour deux destinations séparées par seulement quelques dizaines de kilomètres.
Nous retenons de plus en plus cette logique : lorsque deux lieux peuvent facilement se découvrir depuis une même base, mieux vaut parfois poser les valises plus longtemps plutôt que multiplier les étapes artificiellement.
C’est probablement le changement le plus simple que nous apporterions à notre manière de voyager sur place.
À Siem Reap, Kratie et Kep, le scooter nous a donné une liberté considérable. Nous aurions dû adopter cette solution plus tôt. À Battambang, en particulier, il aurait facilité plusieurs déplacements et nous aurait permis d’organiser certaines journées beaucoup plus librement.
Le tuk-tuk reste évidemment une excellente solution lorsqu’on ne souhaite pas conduire, et nous continuerions à l’utiliser régulièrement mais pour notre propre manière de voyager, nous savons maintenant que dans les villes secondaires et les campagnes relativement accessibles, le scooter correspond davantage à notre besoin d’autonomie.
Si nous repartions demain pour environ quatre semaines avec les connaissances acquises pendant ce premier voyage, notre parcours ressemblerait davantage à ceci :
Ordre | Étape | Pourquoi ? |
1 | Phnom Penh | Commencer par l’histoire récente et les principaux sites de la capitale |
2 | Battambang | Poursuivre logiquement vers le nord-ouest sans détour par la côte |
3 | Siem Reap / Angkor | Rejoindre Siem Reap en bateau si les conditions le permettent |
4 | Stung Treng / Preah Rumkel | Ajouter une étape Mékong que nous regrettons d’avoir supprimée |
5 | Kratie | Continuer progressivement vers le sud le long du Mékong |
6 | Kep / Kampot | Se poser plusieurs jours pour explorer le sud |
7 | Koh Rong Sanloem | Terminer le voyage par quelques jours de repos |
8 | Phnom Penh | Prévoir une nuit tampon avant le vol international |
Ce parcours ne serait pas nécessairement le meilleur itinéraire pour tout le monde. Il correspond à notre rythme : voyages relativement longs, préférence pour plusieurs nuits par étape, intérêt pour les régions moins touristiques et volonté de mélanger culture, nature, rencontres et repos.Il corrige surtout les deux points qui nous paraissent aujourd’hui les plus évidents : le détour créé par Koh Rong Sanloem en début de séjour et l’abandon un peu trop rapide de Stung Treng / Preah Rumkel.
Avant notre départ, nous pensions déjà qu’un itinéraire devait rester flexible. Le Cambodge nous l’a confirmé de manière assez spectaculaire.
Nous avons dû composer avec une location de voiture impossible à organiser comme prévu, des solutions avec chauffeur trop coûteuses, un conflit armé, des recommandations de voyage évolutives, des activités abandonnées et quelques expériences sur place qui ne se sont pas déroulées comme nous l’imaginions.Pourtant, nous sommes revenus avec le sentiment d’avoir réalisé un voyage très réussi.
Pourquoi ?
Parce que le circuit avait suffisamment de marge pour absorber ces changements. Nous retiendrons surtout une idée pour nos prochains voyages : une bonne préparation ne consiste pas à figer chaque journée, mais à comprendre pourquoi chaque étape est là et quelles parties du programme peuvent bouger sans déséquilibrer l’ensemble.
Nous ajouterons également plus volontiers des nuits tampon lorsque le transport précédant un vol international comporte une part d’incertitude et nous regarderons davantage les trajets non comme du temps perdu, mais comme une composante possible du voyage. Le bateau entre Battambang et Siem Reap nous l’aura parfaitement démontré.
Oui. Mais pas exactement dans le même ordre.
Nous conserverions Phnom Penh, Battambang, Siem Reap, Kratie, Kep et Koh Rong Sanloem. Nous essaierions d’ajouter Stung Treng ou Preah Rumkel. Nous placerions l’île en fin de séjour et sécuriserions simplement le vol retour avec une nuit tampon à Phnom Penh. Nous louerions également un scooter plus tôt et nous réexaminerions certaines activités abandonnées, notamment le Kulen Elephant Forest.
En revanche, nous ne chercherions pas à accélérer le voyage pour multiplier encore davantage les destinations. L’une des choses que nous avons le plus appréciées au Cambodge fut justement d’avoir le temps.
Le temps de rester quatre nuits à Battambang au lieu d’y passer en coup de vent. Le temps de consacrer plusieurs journées à Angkor. Le temps de découvrir Koh Trong et les campagnes de Kratie. Le temps de nous poser à Kep. Et même le temps de ne rien faire pendant quelques heures lorsqu’un programme changeait.
Avec le recul, notre circuit n’était donc pas parfaitement optimisé mais il correspondait déjà assez bien à une conviction que ce voyage n’a fait que renforcer : un itinéraire réussi n’est pas celui qui permet de voir le plus de choses. C’est celui qui laisse suffisamment de temps pour réellement vivre