
Après une première nuit au Cabaret Vert, calme sans être exceptionnelle, nous nous réveillons une nouvelle fois assez tôt. Pas besoin de descendre : les bungalows et les espaces communs sont de plain-pied. Nous rejoignons donc tranquillement l’espace petit déjeuner.
Si l’accueil à la réception reste froid et minimaliste, une personne fait clairement la différence : la jeune serveuse, toujours aussi souriante et attentionnée. Elle semble sincèrement touchée que nous prenions le temps de dire quelques mots en khmer. De son côté, elle s’amuse à utiliser les quelques mots de français qu’elle connaît. Le moment devient vite chaleureux. Elle nous apprend même que dire simplement “arkun” ne suffit pas vraiment pour remercier correctement, et qu’il vaut mieux dire “arkun chran” pour exprimer un vrai “merci beaucoup”. Elle s’étonne aussi de notre prononciation, qu’elle trouve plus claire que celle de nombreux étrangers, alors que nous ne sommes au Cambodge que depuis une semaine.
Un échange simple, mais qui donne tout de suite une autre couleur à la matinée.
À 9h00, nous retrouvons notre chauffeur de tuktuk pour un tour audio-guidé de la ville, réservé via l’hôtel. Le principe est intéressant : une série de pistes audio à écouter au fil du parcours.

Le tuktuk reste un moyen agréable et pratique tant pour se déplacer en ville que pour visiter.
Dans la pratique, c’est plus compliqué. Le son est diffusé via une enceinte Bluetooth de mauvaise qualité, et notre chauffeur, pourtant de bonne volonté, peine à synchroniser les bons passages au bon moment. Certains extraits se répètent, d’autres arrivent en décalage… et l’ensemble manque clairement de fluidité.
Ce n’est pas une expérience que nous recommanderions en l’état. Cela dit, ce tour a tout de même un avantage : il nous permet de prendre nos premiers repères dans Battambang.
Notre guide nous emmène à travers la ville, à la rencontre de divers points d'intérêt :

Ici, une pagode d'apparence tout à fait quelconque abrite pourtant en son sein une sorte de mini-réplique d'Angkor Wat



Aujourd’hui, seuls deux trains par jour y passent encore. Le lieu a quelque chose d’un peu figé dans le temps. Des enfants sont assis sur les rails, comme si cet espace appartenait désormais davantage à la vie locale qu’au transport ferroviaire.

La pluie s’invite rapidement dans la matinée, rendant l’ensemble du parcours un peu plus chaotique et moins agréable.
La visite se termine au marché central couvert, et c’est clairement le moment le plus marquant de la matinée. L’ambiance y est bruyante, vivante, particulièrement dans la zone alimentaire où la foule est la plus dense.

Les étals sont organisés par types d’activités : vêtements, bijoux, puis toute la partie alimentaire. On y trouve une grande variété de produits : fruits, légumes, poissons, fruits de mer, viande… Cette dernière est exposée à l’air libre, ce qui peut surprendre, mais les odeurs restent finalement moins fortes que ce que l’on pourrait imaginer.

Nous n’achetons rien. Le rythme du tour est trop rapide, et l’audio-guide n’est ici d'aucune utilité, mais ce moment reste précieux : il nous plonge au cœur de la vie quotidienne, dans un lieu fréquenté presque exclusivement par des locaux, loin des circuits touristiques classiques.


Entre la météo capricieuse et le tour audio-guidé peu convaincant, cette première approche de Battambang reste assez mitigée. Elle nous a permis de nous repérer, mais sans réellement nous séduire.
Après une courte pause à l’hôtel, nous commandons un tuktuk via Grab et repartons pour l’après-midi avec un objectif principal : Wat Ek Phnom.
Situé à l’extérieur de la ville, le site est accessible facilement depuis Battambang. Il peut aussi constituer une étape intéressante pour ceux qui rejoignent Siem Reap par la route. L’entrée coûte 1 dollar par personne.
Dès notre arrivée, le lieu nous séduit et se distingue par son contraste :



Le site est calme, peu fréquenté. Nous croisons à peine un couple occidental, ainsi que quelques fidèles cambodgiens venus se recueillir.
À proximité, un plan d’eau attire notre attention. Des habitants s’affairent à retirer les jacinthes d’eau, offrant une scène de vie locale simple mais marquante.
Nous restons environ une heure, le temps de profiter pleinement du lieu… et de capturer de belles images.

À l’intérieur du temple, une Cambodgienne nous aborde. Elle comprend rapidement que nous sommes francophones et engage la conversation dans un français simple mais très agréable. Nous échangeons quelques minutes sur le pays et notre itinéraire. Ces interactions spontanées donnent une profondeur supplémentaire à la visite.
Nous commandons ensuite un Grab pour nous rendre à l’ancienne maison khmère de Mme Bun Roeung.
À l’approche de la destination, le chauffeur commence à poser des questions confuses. Puis, sans prévenir, il s’arrête devant une autre maison. Le propriétaire nous explique que sa maison est visitable, plus ancienne, et tente de nous convaincre de la visiter à la place de celle prévue.
La situation devient rapidement inconfortable. Le chauffeur et le propriétaire se montrent très insistants, à la limite du correct. Nous devons insister fermement pour être conduits à l’endroit initialement demandé… situé deux maisons plus loin.
Ce type de situation rappelle une réalité du terrain : dans un contexte de baisse du tourisme, certains tentent leur chance, parfois de manière un peu trop appuyée.
L’entrée à l’ancienne maison khmère coûte 2 dollars par personne.

La visite commence de manière très rapide, presque expédiée en une dizaine de minutes.
Pourtant, en montrant notre intérêt, notamment pour l’histoire du pays, la discussion s’installe. Le sujet dérive vers le conflit avec la Thaïlande, et la nièce de la propriétaire partage son point de vue sur la situation et sur la manière dont elle est perçue en Europe.

L’échange devient plus profond, plus humain. Il nous rappelle que Battambang reste une région directement concernée, avec un impact réel sur la vie locale et le tourisme.
Après cette visite, nous rentrons à pied jusqu’à l’hôtel, situé à environ 2 kilomètres. Une douche, un moment à la piscine… et enfin, le temps de souffler.
Le soir, nous testons le restaurant Mona Samui, repéré en ligne.
La nourriture est correcte — crevettes au pak choi pour moi, fruits de mer pour John — et les prix sont très abordables.

En revanche, l’état du lieu pose problème. L’hygiène est, très franchement, difficile à ignorer. Même en tenant compte des différences culturelles, le niveau de saleté dépasse ce que nous sommes prêts à accepter. Nous n’y retournerons pas.
Cette première vraie journée à Battambang est contrastée. La matinée reste utile mais imparfaite. L’après-midi, en revanche, change complètement la donne, avec de belles découvertes et des échanges marquants, qui laissent à penser que la ville a encore beaucoup à offrir.

Entre moments chaleureux et situations plus inconfortables, cette journée révèle une réalité plus complexe… mais aussi plus authentique. Une chose est sûre : Battambang commence à dévoiler une profondeur que nous n’avions pas encore perçue jusque-là.