
Ce matin, le réveil sonne tôt. Il faut être à Rumi Pier pour 8h15, car notre bateau quitte l’île à 8h45. En ce début de journée, nous quittons notre petit nid hors du temps à Koh Rong Sanloem pour revenir sur le continent, où nous attend le chauffeur censé nous conduire jusqu’à la prochaine étape de notre voyage : Battambang.
Cette étape nous tient d’autant plus à cœur qu’elle a longtemps été sur la sellette avant le départ. Et pourtant, nous avons choisi de la maintenir, convaincus qu’elle avait beaucoup à offrir. Parmi les raisons qui nous ont poussés à lui laisser sa chance, il y avait notamment Phnom Sampeau, que nous voyions déjà comme une suite logique à la visite de S21 et des Killing Fields.
Nous n’avons pas le temps de prendre un vrai petit déjeuner. Juste celui de boire un café, de procéder au check-out et de remercier nos hôtes pour l’excellence de leur accueil et leur gentillesse. Un membre du personnel nous aide d’ailleurs à porter nos bagages jusqu’au ponton tout proche.

L'employé de l'hôtel qui nous a aidé pour nos bagages, et grand ami des animaux
Au moment de quitter l’île, le sentiment est clairement mitigé. Nous nous y sentions bien, dans une vraie bulle de calme, et l’idée de la quitter nous serre un peu le cœur. En même temps, nous avons aussi envie de découvrir la suite. Nous ne savons pas encore ce que Battambang nous réserve, mais nous espérons déjà y trouver autre chose qu’une simple étape de passage.
La traversée se passe très bien. La mer est très calme, nous sommes bien installés et rien de particulier ne vient troubler le trajet.
Après une cinquantaine de minutes de bateau, ponctuée de quelques arrêts le long des différentes plages de l’île, nous arrivons enfin à Sihanoukville.
Là, bonne surprise : notre chauffeur est déjà sur place, pancarte à la main, prêt à nous récupérer. Après certaines petites sueurs froides vécues les jours précédents, forcément, quand tout s’enchaîne sans stress, on savoure.
Le transfert jusqu’à Battambang avait été organisé depuis la Belgique avec notre hôtel. Sur le papier, cela nous évitait déjà une grosse dose de logistique. Dans la pratique, il faut quand même s’armer d’un peu de patience : environ six heures de route, sans compter les pauses.
Le début du trajet donne lieu à quelques échanges avec le chauffeur, en anglais. John en profite d’ailleurs pour tester ses écouteurs traducteurs, ce qui ajoute un petit côté presque expérimental à la conversation. Le chauffeur nous parle un peu des endroits que nous traversons, nous explique aussi qu’il propose des tours guidés, et nous demande si cela pourrait nous intéresser. Mais non : notre programme est déjà bouclé depuis longtemps, et aujourd’hui, nous sommes clairement en mode transfert plus que découverte.
La route, elle, reste assez monotone. Nous reprenons d’ailleurs en bonne partie le trajet déjà emprunté entre Phnom Penh et Sihanoukville, ce qui n’aide pas à rendre le parcours plus excitant. À la longue, nous finissons même par somnoler un peu.
Si cette journée est surtout logistique, elle permet tout de même de régler un point important : le dernier grand transfert du voyage, celui qui devra nous emmener plus tard de Kep à l’aéroport de KTI pour notre vol retour.
Coup de chance : notre chauffeur nous propose justement de s’en charger. Nous nous mettons d’accord sur un tarif de 60 dollars, échangeons rapidement nos WhatsApp, et nous lui envoyons directement l’adresse de notre futur hôtel à Kep.
Un souci de moins, et pas des moindres.
En chemin, nous nous arrêtons dans une station-service pour déjeuner. Et là, on est clairement sur une pause plus que locale.
Personne ne parle anglais, tout est écrit en khmer, et nous ne savons pas très bien comment nous débrouiller pendant que notre chauffeur fait le plein. Heureusement, un client nous aide spontanément à commander des nouilles sautées, ce qui rend le moment tout de suite plus simple.
Ce n’est pas le déjeuner du siècle, mais la pause est bienvenue. Nous en profitons aussi pour offrir le repas au chauffeur avant de reprendre la route pour les derniers kilomètres.
En entrant dans Battambang, nous passons devant le Ta Dumbong, grande statue emblématique de la ville. Le chauffeur nous demande alors s’il peut s’y recueillir quelques minutes avant de poursuivre jusqu’à l’hôtel.
Nous restons dans la voiture pendant qu’il s’éloigne, un peu surpris sur le moment. Ce n’est pas le genre de chose que nous imaginerions spontanément en Europe, mais ici, cela nous semble naturel de nous adapter à ce moment qui compte pour lui.


Le Ta Dumbong n’est pas qu’un monument décoratif : il renvoie à la légende locale du “bâton perdu”, liée au nom même de Battambang, et il occupe une place importante dans l’imaginaire cambodgien. Le voir ainsi intégré à un geste de recueillement nous rappelle aussi qu’au Cambodge, les lieux ont souvent une charge symbolique beaucoup plus présente dans le quotidien qu’on ne l’imagine d’abord.
Nous arrivons ensuite au Cabaret Vert, notre hôtel pour les prochains jours. Le temps de prendre un selfie avec notre chauffeur et nous nous rendons à la réception.

L’accueil nous laisse une impression… contrastée.
Nous sommes reçus en français par un réceptionniste cambodgien, qui nous explique assez fièrement qu’il est la personne ayant réglé notre transfert. Très vite, il tente de nous vendre toute une série de tours et de prestations. Je lui fais savoir que j’avais bien repéré, sur le site de l’hôtel, une excursion ainsi qu’un tour audio-guidé de la ville — que nous réservons d’ailleurs immédiatement pour le lendemain matin — mais que, pour le reste, notre programme est déjà fixé.
À partir de là, le ton change subtilement. Comprenant qu’il ne pourra pas nous vendre autant qu’il l’espérait, il tire une drôle de tête, que nous n’apprécions que moyennement.
Disons-le franchement : ça commence un peu mal.
Heureusement, le bungalow rattrape rapidement cette première impression. Il est grand, avec un vrai lit king size, et correspond globalement à ce que nous avions vu en photo.

Notre Bungalow, vu de l'extérieur et de la chambre

Surtout, l’hôtel dispose d’une belle piscine, qui constitue un vrai plus après une journée de route aussi longue. Nous décidons donc de ne plus sortir aujourd’hui. Nous rangeons nos affaires, nous allons nous détendre à la piscine, et nous prenons enfin le temps de souffler.

Après le calme de l’île et les longues heures de route, cette pause nous fait beaucoup de bien.
Le soir, nous choisissons de dîner à l’hôtel. Les avis Google nous avaient plutôt bien mis en confiance, donc nous étions curieux de voir ce que cela donnait. Au final, c’est correct, sans être transcendant. Nous prenons tous les deux un amok de poisson, qui se laisse manger sans problème, mais sans réel effet waouh non plus.

Les prix, eux, nous semblent assez élevés pour ce que l’on a dans l’assiette.
En revanche, la jeune serveuse est vraiment adorable. Le patron, lui, passe en cours de soirée faire son petit tour des tables. Ancien journaliste en France, aujourd’hui marié à une Cambodgienne, il dégage une personnalité assez particulière. Nous avons du mal à dire immédiatement si nous accrochons ou non. Disons simplement qu’il a un côté très commerçant, très “commercial”, qui n’est pas forcément ce que nous préférons en voyage.
Cette journée du 7 février est avant tout une journée de transition. Une journée longue, peu spectaculaire, très logistique, entre le départ d’un lieu que nous avons adoré et l’arrivée dans une ville que nous ne connaissons pas encore.
L’accueil au Cabaret Vert nous laisse un premier ressenti mitigé sur le plan humain, et la suite du séjour ne viendra pas totalement l’infirmer. Malgré cela, nous ne voulons pas nous arrêter à cette première impression. Quelque chose nous dit déjà que Battambang pourrait bien nous réserver de bonnes surprises.
Nous ne le savons pas encore, mais les jours qui suivent nous donneront largement raison.